Eléments

dimanche, juillet 21, 2013

♭ we haven't turned Around - Gomez

Pas plus tard qu’il y a quelques semaines, j’ai encore fait une expérience de pensée saisissante. Le tourbillon bariolé des contingences de la vie est décidément une source d’inspiration inépuisable Il ne cesse de nous révéler à nous-même.
Me voici donc virée par mon responsable animation pour avoir froissé son égo de mâle dans son expression la plus subtile. (Non, on ne me dit pas « dégage », à moi, intelligence.)  Ni une ni deux, je prends mes clics et mes clacs et me tire du camping en question, préférant m’affranchir de cette situation malsaine quitte à dormir dehors plutôt que de la laisser pourrir davantage dans un face à face grotesque. Je me rappellerai toujours de cette scène tragi-comique où je décidai de n’emporter de la bouffe que j’avais acheté que le strict minimum à ma conservation, démontrant mon détachement total du confort matériel pour lequel avait opté mon responsable en mettant fin à ma période d’essai. Et lorsque je quittai le chalet où nous étions agglutinés, j’adressai un joyeux et non sans ironie « Adieu » à mon collègue qui vivait cet instant en différé, arc-bouté sur son ordinateur
 Ce moment fut nietzschéen. La victoire de l’intrépidité sur les ressentiments larvés. Le oui à la vie et tout son fatras, par delà le bien et le mal, comme antiseptique à la laideur humaine. J’ai une vision plutôt kantienne de l’existence et du fonctionnement de la morale. La justice, qui comme nous l’avons évoqué précédemment émane de la raison sous la forme du respect, est une loi inconditionnée qui doit prévaloir dans les rapports humains en tant qu’affranchissement de la nature nécessaire à notre pleine réalisation. Une fois cette rationalité de cœur appliquée, la sensibilité et les instincts n’auront qu’à coloniser les vides laissés par la raison de sorte à recréer au sein de la nature un enracinement maintenant ainsi l’homme dans l’équilibre auquel il se destine. 
Seulement, quelque chose de plus grand encore transcende la règle morale devant régir les rapports humains. C’est que cette règle régit l’ensemble de l’univers. C’est la vie.  L’autre jour, je me suis retrouvée au soir à près de 500 bornes de chez moi sans argent, sans voiture, sans personne à l’horizon pour venir m’aider. Et pourtant, je suis allée au devant de tous ces obstacles et m’en suis tirée. Et je suis convaincue qui si tout s’est à peu près goupillé pour que j’y arrive, c’est parce que je suis en bonne santé. 
Avoir la force de ne m’en remettre qu’à mes seules ressources pour composer avec cette situation m’a démontré que quoi qu’il se serait passé de plus malencontreux, j’aurais poursuivi avec fougue car je suis mue par la volonté de puissance: Une croissance instinctive en opposition au déclin de la maladie dont le symptôme aurait consisté par exemple à me poser en victime. Dieu m’en garde, je ne suis pas plus rongée par les remords que par la rancœur. Bien que des relations puissent être définitivement brisées -le pardon étant affaire de sensibilité- la cicatrisation de mon âme est faite. Mais ça n’est pas pour autant qu’un préjudice ne sera pas vengé par une fidélité envers la morale qui m’habite si l’occasion se présentait. Or, ce qu’on appelle l’ironie du sort s’arrange toujours pour nous mettre face à ce qui ne tourne pas rond en nous. La nature, dont les rouages peuvent être parasités par la technique, demeure si bien faite !  
   

lundi, juillet 01, 2013

♭ ColouRING Of PIGeoNs - tHe kNife

Cette dernière semaine, j’ai compris quelque chose d’assez fondamental: Je ne choisis pas les gens qui feront partie de ma vie en fonction de leur sang, d’une sympathie ou même d’un amour que j’aurais pour eux mais du rapport que j’ai à eux.  
Ce rapport sera avant tout autre chose un rapport de respect ou ne sera pas. 
On fait tous partie de la même famille, puisqu’on provient de la même souche. L’argument qui consiste à dire qu’avoir été mis au monde par deux personnes leur donne le droit de nous traiter comme bon leur semble est donc erroné, il ne repose que sur du conformisme. Nous ne sommes pas dans un rapport animal, instinctif d’union inconditionnelle d’une mère à son petit. Il ne faut pas oublier d’y intégrer la dimension culturelle. Il s’agit précisément de la notion de respect. Et pour cause, la raison dont il émane est l’unique chose qui nous distingue des animaux. (18 gènes humains sur 24 000)
En conséquence, le fondement de respect d’une relation puise lui-même sa légitimité dans la chose suivante : Essayer. 
Essayer de garder le cap au milieu des broussailles de l‘expérience empirique.
 Cet effort n’est même pas constant, bien que nous sachions toujours exactement ce qu’il convient de faire, et ce dans n’importe quelle situation.
La sensibilité et les instincts n’ont de cesse de nous faire osciller entre morale, amour et égoïsme. Mais, la raison sera toujours là pour nous donner mauvaise conscience, nous rappelant ainsi la suprématie de sa manifestation, le respect, sur tout autre sentiment. La violence est son inverse. Elle est un déploiement naturel de l'instinct de survie face à la douleur inconsolable d’un être pris au piège de l’inopérance morale. Cette violence consiste en un déchaînement d'animosité qui sera transposée dans des rapports humains comme expression d'un refus ou d'une impuissance à faire usage de raison. 
L'individu se réfugie dans le monde sensible pour s'accommoder de cela. Une réponse morale à la violence doit à son tour s'exprimer dans le monde sensible. Pour être perçue par l'autre et pouvoir le tenir à nouveau en respect en faisant acte d'une force égale de sensibilité.

La lumière de la morale nous éclairera de sorte à marcher droit tant que nous aurons les valeurs universelles de la raison au cœur. 
Belle est l’intelligence. 
Ceux ayant fait le choix de mettre leur rationalité au service de leurs seuls intérêts, lubies ou névroses sont de méprisables utilitaristes de la pensée. Le film Buffet froid mettait parfaitement le doigt sur cette gangrène de notre époque.

vendredi, juin 21, 2013

♫ Led ZeppliN - bRon-y-Aur-stomP

Texte que je lirai lors du rassemblement des Veilleurs pour la famille qui se tiendra ce mardi de 21h à 23h Place de l'opéra à Lille.


Si j’ai voulu écrire ce texte pour vous ce soir, ce n’est pas par religiosité, contrairement à ce que ces gens veulent faire croire à tout le monde. D’abord parce que la laïcité implique que des convictions religieuses ne soient imposées à personne, et surtout pas sur l’espace public. Ensuite parce que je pense qu’il est inutile d’aller jusqu’à invoquer Dieu pour s’apercevoir de l’effrayante absurdité du monde que l’on nous promet pour demain. En effet, la question n’est pas de savoir quelle est la volonté d’un grand architecte de la nature. Son œuvre parle d’elle-même. Son essence est la perpétuation de la vie. C’est donc la reproduction qui donne un sens à la nature en la faisant renaître de ses cendres à mesure que la mort gagne du terrain sur le monde des vivants. La reproduction comme régénérescence pour l‘équilibre, ultime finalité d‘un univers dont l‘ordonnancement dépasse la raison.
S’il est de bon ton de remettre en cause l’altérité permettant cette perpétuation, tant du point de vue de sa réalité biologique que des caractéristiques naturelles qui en découlent, c’est donc peut-être que cette époque est profondément mortifère. Mortifère car elle prône la dégénérescence. Certains la nomment avec une certaine fierté « décadence ». Comprenez qu’il soit « cool » d’être underground. Sauf que ces jeunes gens que vous avez sous les yeux n’ont en fait rien de visionnaire. Ils sont même les purs produits de leur société. Ils se contentent de recracher avec toujours plus de virulence à mesure qu’il s’en convaincs les slogans soixanthuitards de leurs parents qui imprègnent encore les papiers de la plupart des journalistes qu‘on laisse s‘exprimer.
La question est donc la suivante : Voulons-nous de ce monde où tout ne serait que culture ? Voulons-nous de ce monde où l’on nous désigne le progrès comme un éternel affranchissement de ce que nous sommes ? Voulons-nous renier ce que nous sommes en imprimant à la nature le sceau d’une vanité consistant à lui imposer nos lubies ?
Veillons. Veillons sur nous-mêmes et sur les autres pour ne jamais oublier que ces lubies, fruits de l’individualisme tout-puissant qui règne sur cette époque n’est rien en comparaison de la cohérence du monde. Et si l’homme essaye de rivaliser avec elle par la technique ou l’idéologie progressiste, un jour ou l’autre, la boucle du cycle naturel se refermera tant bien que mal sur ce monde pour faire système et nul ne peut savoir ce qu’il adviendra de cette fatalité. 

 



 

lundi, juin 10, 2013

♪ Shut Up - SavagES


La religion est cette espérance nous donnant le culot de faire le pari d’une force transcendante à la vie. Une force formatrice comme point de départ donc promesse d’aboutissement, de perfection à l’issue d’épopées palpitantes. Toute cette aventure de rédemption consiste à se familiariser avec une nature humaine éprouvante car tiraillée par les instincts, la sensibilité et la raison. Egoïsme, amour et morale. Elle consiste également à donner un sens à la vie dans ses moments les plus sordides pour nous préparer à la mort, douleur la plus vive, celle qui nous met face contre terre, nez à nez avec la plus éclatante preuve de l’absurdité de notre situation, à savoir la finitude humaine. Comme le pensait Lucrèce, il est aussi absurde de craindre la mort que de redouter ce qui a précédé notre venue au monde, puisque la désubstantialisation ne concerne par définition ni notre être, ni notre âme. Lorsqu’on parle de religion, il s’agit donc d’une démarche qui cherche à éclairer les raisons du monde tel qu'il est. Non pas en se proposant d’en comprendre les rouages, mais en enveloppant l’ineffable de son état de fait dans des fondements métaphysiques, éthiques, moraux ou esthétiques, autant de justifications d'une réalité qui par le seul miracle de son existence, ne peut être que parfaite.
Mais ces fondements ne sont-ils pas inhérents à la vie ? N’ont-ils pas pour vecteur commun la volonté éternelle de l’homme doté de raison de vouloir mettre des mots sur ses intuitions ? N’ont-ils pas pour vecteur commun la philosophie ? Cette quête d’absolu dans la légitimation de son existence par l’homme puise ses fondements dans une sensibilité teintée d’une douleur sourde. La crainte toute naturelle de ce qui adviendra de sa peau. Ce n’est donc pas la religion qui redonnera du relief à un monde où tout a désormais vocation à couler de source, où règne le confort dont parlait Nietzsche, celui qui consiste à n’avoir ni trop chaud, ni trop froid.
Où il n'y a plus de grand péril, plus d'enjeux. Dans ce monde d’ultrarationalisation, les libertés ne doivent plus s'entrechoquer afin de garantir la poursuite des intérêts individuels de chacun au nom de ce que l'on appelle "progrès". Ca n'est pas ma vision du progrès. Je ne veux pas que ça soit "cool", je veux du sang, des larmes et des effusions de joie.
Le sacré comme rempart au relativisme mortifère ne puise pas sa force dans l’après de la religion, mais dans une régénérescence de la vie, c'est-à-dire le courage des contrastes émotionnels. Des toujours dans le jamais. Des éclats de vérité dans la tiédeur de choses bâclées, de personnes à moitié aliénées et de causes honnêtes en théorie et glauques en pratique. Un absolu dans le relativisme.

jeudi, mai 23, 2013

♭ Clones - archiVe


L’universalisme consiste à plaquer un ensemble de règles que l’on estime constitutives de la nature humaine sur des individus. Mais comment être sûr qu’établir leur nécessité absolue ne s’apparente pas à un découpage dans le réel ? Comment être sûr que cet ensemble de règles ne soit pas conditionné par l’aléatoire du monde sensible ou même de notre propre raison ? Contrairement à ce qu’avance Kant pour poser les axiomes d’un système de pensée cosmopolitique, la raison n’est pas neutre ! Non seulement parce qu’elle n’est pas un fonctionnement qu’on puisse établir comme nécessairement universel mais parce qu’elle est elle-même un découpage dans le réel de principes particuliers. (Et si nous ne nous en rendons pas compte, c’est que nous ne pouvons appréhender aucun autre fonctionnement mental que le nôtre, preuve qu’il est bien contingent.)
 Elle a un fonctionnement qui est certes indépendant du monde sensible, mais pas pour autant universel étant donné le fait qu’il ne soit pas nécessairement commun à tous les êtres capable d’appréhender la notion de vérité. La sensibilité et les instincts sont peut-être inhérents à l’empirisme, mais tout aussi riches dans les pensées qu’ils nous délivrent que la raison. Ce faisant ils nous montrent la réalité sous d’autres facettes qui sont elles aussi des vérités car elles font partie de nous. En conséquence, je ne pense pas que percevoir les autres par le prisme de ses affects soit aliénant. C’est ne s’en référer qu’à eux qui l’est, de sorte à ignorer ses instincts et sa raison, qui font également partie intégrante de notre nature humaine. Pour la préserver, il s’agit de trouver un équilibre entre ces trois éléments. Etre un monstre, c’est en quelque sorte une affaire de mauvais dosage. 
Et même en admettant que la raison soit par essence universelle, elle reste influencée par l’imaginaire et les affects; D’où le fait que la métaphysique, qui consiste à élaborer des systèmes scientifiques avec pour seul fondement la spéculation, soit si contestée. On pourrait même considérer que du point de vue évolutionniste, si un corps physique s’adapte aux besoins de l’homme, il n’y a aucune raison logique pour qu’il n’en soit pas de même de la spiritualité, mais ce serait déjà accorder bien trop de confiance à ma raison que de conjecturer ainsi. Toujours est-il que la vérité, qu’elle soit rationnelle, sensible ou pragmatique serait donc toujours un réceptacle de notre contingence. Par conséquent, l’universalisme ne se fonde sur rien qui soit universel, et ne peut donc prétendre nous faire appréhender notre propre nature en elle-même, c’est à dire objectivement et a fortiori ce qui est bon pour elle.
En dernière instance, l’universalisme comme seul horizon revient à ne vouloir voir en l’autre que ce que nous connaissons déjà. Il s’agit en fait de se rassurer quant à ses imprévisibles contingences en tentant de le démystifier à l’aide de règles scientifiques qui sont en fait un ensemble de normes et de croyances admises de tous qu’il faut sans cesse interroger, au même titre que l’art est un façonnement des sens.

vendredi, mai 17, 2013

♪ Tuyac n wanzul (Musiques du sud) - iDIR

O U T S I D E R S.entinelles
                          Par Eric Lacombe
E n   y    é t a n t   a u x   p r i s e s   a v e c   u n e   q u a n t i t é   i m p o r t a n t e   d e   d é t a i l s   p e r ç u s   d e   s o n   e n v i r o n n e m e n t ,   i l   l e   r e s s e n t i r a i t   p l u s   i n t e n s é m e n t   q u e   l a   m o y e n n e .   C o m m e   s i   n o u s   r é a g i s s i o n s   a u x   p l u s   i n f i m e s   b r u i t s   n o u s   e n t o u r a n t   d u   f a i t   d e   l e s   e n t e n d r e   t o u s   d i s t i n c t e m e n t .     
(...) L a  q u e s t i o n   d e   l ' a p p a r t e n a n c e   a u   m o n d e   s o c i a l   s u r g i t   d a n s   l ' e n s e m b l e   d e   l a   v i e   d e   l ' e n f a n t ,   p u i s q u e   t r è s   t ô t ,   d e    p a r   s a    l u c i d i t é    a c é r é e ,   i l   e s t   n o n   s e u l e m e n t   e x p o s é   à   l h y p e r s e n s i b i l i t é ,   m a i s  à   u n   s e n s   c r i t i q u e   p o i n t u   q u i   c o n s i s t e   à   c e r n e r   l e s   d y s f o n c t i o n s   d e   s o n   e n v i r o n n e m e n t ,   q u a n d   e l l e s   n e   s o n t   p a s   p e r c e p t i b l e s   p o u r   l a   p l u p a r t   d e   s e s   c a m a r a d e s .   C e l a   e x p l i q u e   e n t r e   a u t r e s   s o n   s e n t i m e n t   d e   g r a n d e    s o l i t u d e   e t    s o n   i n t é r  ê t    p r é c o c e   p o u r   l a   v é r i t é   e t   l a   j u s t i c e .   
 (...) L ' e x p é r i e n c e   q u o t i d i e n n e   d e   c e s   d i f f é r e n c e s   o n t   p o u r   c o n s é q u e n c e   d e   l e    f a i r e   r e d o u t e r    l a   c o n f r o n t a t i o n   a v e c   l a   r é a l i t é .  P u i s q u ' el l e s   s o n t   t r è s   p a r t i e l l e m e n t   r a t i o n n a l i s é e s   d a n s    l ' e n f a n c e ,   e l l e s   d r e s s e n t   n o n   s e u l e m e n t   d ' e m b l é e    u n e   b a r r i è r e   c o m m u n i c a t i o n n e l l e   a v e c   l e   m o n d e   s o c i a l ,   m a i s   e n g e n d r e n t   u n   c o m p l e x e   d i n f é r i o r i t é :  A l o r s   m ê m e   q u'   i l   c o n s t a t e   l a   g a i t é   n a ï v e   e t   l e   c a r a c t è r e   a n o d i n   d e s   v i c i s s i t u d e s   d e    s e s    c a m a r a d e s    e n   c o m p a r a i s o n   à   l a   c o m p l e x i t é   d e   s e s   t o u r m e n t s ,   i l   r e s s e n t i r a   u n e   p r o f o n d e   i n j u s t i c e   e t   p a r f o i s   m ê m e   d e   l a   h o n t e.   C e s t   p o u r q u o i   f a c e   à   u n   o b s t a c l e ,   l e n f a n t   p r é c o c e   a u r a   t e n d a n c e   à   s e   r é f u g i e r   d a n s   l e   m u t i s m e    p o u r   f a i r e   b a r r a g e   à   l e x p r e s s i o n   d e   s a   d i f f é r e n c e ,   d o n t   i l   r e d o u t e   q u e l l e   a p p a r a i s s e   s o u s   l a   f o r m e   d o u b l e m e n t   v e x a n t e   d u n   é c h e c    l à   o ù    l e s    e n f a n t s   d e   s o n   â g e   r é u s s i r a i e n t    a i s é m e n t .  

Si les surdoués sont considérés de notoriété publique comme hypersensibles, c’est parce que l’Homme « fonctionne » pour ainsi dire par induction ; En effet, nous sommes des éponges. Nous commençons par « capter » les stimulis d’un environnement, que cela se traduise par des perceptions -d’ordre mental-, ou des sensations, -d’ordre physiologique. Une synthèse de toutes ces captations s’effectuera ensuite dans l’esprit d’abord par l’imagination qui reconstituera l’expérience empirique vécue à partir d’elles, puis par un système d’association d’idées logique –la rationalité- qui donnera du sens à cette expérience, mais également une signification plus subjective, plus symbolique, puisque le processus en question est évidemment coloré par les affects, les souvenirs et la personnalité. Cette « digestion » d’informations empiriques ayant lieu en quelques fractions de secondes évidemment…
Etre surdoué peut donc s’expliquer par l’hypersensibilité dans la mesure où cette caractéristique implique qu’un nombre plus conséquent d’informations empiriques que la moyenne soient « captées ». Ce qui impacte sur la richesse de ce qui sera synthétisé dans l’esprit pour être ensuite érigé en conclusion à vocation si ce n’est universelle, du moins plus générale. La pluralité des informations emmagasinées impactera donc sur la finesse d’un jugement porté au  même titre que le nombre de pixels qu’un appareil photo sera capable de restituer aura des conséquences sur la qualité d’une image.
Si cette approche précise et même acérée de l’environnement peut permettre de jeter la lumière des cavités intéressantes voir même nouvelles de ce dernier –d’où le terme de « génie »- elle implique ce même phénomène dans la sphère subjective et c’est là où cela se corse ; Car le mystère que dévoilera une grande lucidité sera autant d’étrangeté enlevé aux arts et les relations interpersonnelles, étrangeté à l’origine de l’élan d’exploration du réel qui nous anime. Dès lors il peut être sain de prendre garde à régler la puissance d’action de ses rayons lasers de lucidité sur la nature d’un objet en question. Comme nous l’avons évoqué, tout simplement pour ne pas le détruire en « asséchant » la passion qu’il provoque par une attraction toujours empreinte de mystère. Mais aussi pour sortir de l’abstraction spéculative au même titre qu’on irait prendre un bol d’air dehors. Dehors, où un cerveau tournant à plein régime d’un flux d’informations arrivant en rafales peut choisir de se laisser porter par les effluves du monde sensible, de façon à ne pas devenir complètement cynique… En définitive, il s’agit de s’adapter à son environnement.
Evidemment, l’hypersensibilité n’explique pas à elle seule la surdouance, puisque dans le cas inverse, n’importe quelle personne émotive par exemple le serait. Cette caractéristique s’accompagne en effet de mécanismes imaginatifs et rationnels venant synthétiser ce que la sensibilité aura sondé plus performants. Ce qui se traduit par une capacité à se représenter les choses même lorsqu’elles ne seraient pas à portée de mains (imagination) et à leur donner de la cohérence en les reliant entre elles -ce qui s’appelle en langage courant « avoir une vue d’avion »- plus rapide et à la mesure du divers des informations empiriques sondées. Tout se passe en fait comme si la matière avec laquelle sont forgés les circuits cognitifs du surdoué conduisait d’une façon exceptionnelle l’électricité desdites informations.

Le surdoué, qui est comme aspiré par le maelstrom de l’intensité de ses émotions (hyperesthésie) et de sa réflexion sur le monde, en oubli de faire preuve de la « dose » de réflexivité qui pourra l’amener à s’interroger sur la façon dont est perçu son comportement au sein d’un groupe social. De sorte qu’il se pose en observateur de celui-ci sans jamais prendre pleinement conscience qu’il en est aussi acteur. Le surdoué a donc ainsi tendance à ne pas adapter son comportement aux codes en vigueur à l’intérieur d’une communauté d’individus ; Parce qu’il est en perpétuel décalage avec leur application à sa personne, mais aussi parce qu’après un long travail d’analyse, il peut être susceptible de les rejeter en partie si ce n’est totalement. Dans tous les cas, cela lui vaut d’être étiqueté comme déviant. 
Ce qui fait écran entre le surdoué et le monde, ce sont donc des normes auxquelles il ne correspond pas ainsi qu’un décalage avec elles, qu’il soit du à un certain enfermement mental ou à leur remise en question. Et bien souvent, la première cause implique l’autre. Qu’il soit disqualifié ou qu’il se disqualifie lui-même en matière de compatibilité avec le commun des mortels, il en résulte de toute façon la même chose : Le surdoué est mis au ban de la normalité, de ce qui est admis par la majorité d’une société comme la voie légitime.
Ce n’est pas tant la différence qui est frustrante pour un surdoué, c’est le formatage qu’il subit afin de correspondre à des normes. Une forme de rejet le ramenant sans cesse à ses différences de sorte à le cantonner à un statut d’individu alors même qu’il existe aussi en tant que membre d’un tout social. Face à un tel sentiment d’impuissance, il s'agit ainsi de puiser exclusivement en lui l’assurance nécessaire pour avoir l’audace d’apporter sa pierre à l’édifice d’une société pour s’y reconnaître à son tour et ainsi s’y sentir partie intégrante. 

vendredi, mai 03, 2013

♫ gOing OUT - sUPERgrASs

Extrait d'un dossier sociologique intitulé : "Qu'est-ce qu'être français en 2013 ?"
Le français en 2013 est appelé à se construire lui-même, à la fois sur le plan moral et celui de l’identité. En effet, avec la dissolution de l’intérêt commun dans l’exercice des libertés individuelles propres au cosmopolitisme, l’Etat ne cesse de perdre en légitimité quant à l’instauration d’une morale publique qui régirait les lois mais aussi les normes sociales et les pratiques d’une société. De ce fait, c’est à l’individu de se donner ses propres valeurs, d’où l’avènement de la télé-réalité, qui consiste à les interroger voire les remettre en question en les expérimentant. 
Il en résulte une dissolution de ce qui illustrait autrefois un destin commun : la cohésion entre ceux qui le construisent. A cela vient s’ajouter une uniformisation du mode de vie qui est du au règne mondialisé des intérêts économiques de chacun. Le libéralisme, puisque c’est de cela dont il s’agit, permet le développement d’un capitalisme ne se préoccupant pas du maintien de la diversité des cultures. Ainsi, les multinationales contribuent à semer le trouble dans l’identité nationale en faisant d’un individu avant tout un citoyen du monde. Cet individu est donc prié d’intégrer correctement en lui toutes ces différentes strates culturelles afin de les homogénéiser et de devenir ainsi sa propre œuvre. C’est tout l’enjeu du modèle actuel de réussite sociale qu’illustre très bien cette phrase typique : « Je me suis fait tout seul. »
Mais si le libre-arbitre quant au rapport à soi est le plus grand défi de cette époque, qu’en est-il du rapport à l’autre ? On peut légitimement être en droit de se dire que celui-ci est délaissé. Or, force est de constater que nous vivons dans un environnement géographique commun, et que nous formons par conséquent un tout social, même si cela n’est plus véhiculé par l’Etat ni par une volonté de vivre ensemble. Pour réhabiliter ce lien d’appartenance, il s’agit de se penser autrement en tant que citoyen. Si nous ne pouvons plus nous reconnaître dans notre environnement social du fait de son hétérogénéité culturelle et de l’obsolescence de ses valeurs, de ses codes et de ses symboles traditionnels, il faut alors en créer de nouveaux, et cela peut se traduire par toutes sortes d’initiatives populaires. Elles auront le même effet bénéfique : un nouveau souffle à la solidarité et à l’identité nationales, qui permettent la pleine réalisation de notre être comme animal social.

lundi, mars 25, 2013

♪ disorder - Joy Division

Tout à l'heure je me disais : "Qu'est ce que je retiens de tout ça ?" Je n'en retiens que ce qui me touche au plus profond de moi. Le reste s'est presque déjà évaporé. 
Nous sommes des sensibilités avant d'être des esprits car les perceptions rendent possible un accès direct au monde épuré de toute synthèse, de tout amalgame. Elles imprègnent donc tout le reste. La science n'est donc qu'une spéculation qui certes tend à l'universalité, mais qui n'en demeure pas moins prise dans la subjectivité de mon mode de perception et l'infini de l'idéal personnel :
La sensation d'avoir une sensibilité à fleur de peau est due au fait que la moindre perception, le moindre choc entrant en résonance naturelle avec la construction de notre être altère la totalité de notre rapport au monde. 
Mon visage n'est qu'une interface entre les autres et ce que je suis en moi-même. Et cette interface n'exprime pas un millionième des songes qu'elle abrite, dont la plupart sont même inconnus à ma propre conscience. Elle n'en est qu'une traduction pudique et régentée par les normes sociales, justement parce que c'est elle qui va au front de la confrontation au réel. Confrontation qui ne demande qu'à être sans cesse refaçonnée par le surréalisme de mes émotions et de mon imaginaire. Comme un retour à la spontanéité mais sous une autre forme, celle d'une sensibilité interne qui instinctivement, me fait avaler la pilule de ses propres désillusions. 
Dialectique de la solitude.
                                                      L'esthétique transcende l'éthique. Le beau se fiche éperdument du fouillis des convictions dont nous nous revendiquons sans cesse ou du baratin de ceux qui prétendent détenir le joyau pur de la morale : Il n'existe que par cet instant magique que nul ne peut théoriser. Cet instant contingent où le monde intellectuel et le monde sensible fusionnent dans l'imagination pour nous faire entrevoir ce que c'est d'être pleinement vivant. Equilibre. 

Poésie encrée dans cette époque. Poésie si somptueusement malade.

jeudi, janvier 24, 2013

♭ Nami, Nami - azaM Ali


L'extrait de mon commentaire d'un texte d'Alberti, artiste de la renaissance fervent défenseur de la "causa mentale", faisant de la peinture un art à part entière.
La peinture ne serait pas qu’une représentation de la réalité qui tirerait son caractère fascinant de la beauté qu’elle lui ajoute, elle serait aussi poésis, création. En effet on peut aussi considérer la représentation de l’univers, et pas que par la peinture, comme une autre façon de le concevoir, qu’elle nous soit propre ou élaborée à partir d’une idée extérieure. Même si cette conception nouvelle de l’univers se calque bien entendu sur ce que nous connaissons, elle en est une extension, susceptible de réinventer ses propres représentations, Chagall, par exemple, dans beaucoup de ses tableaux, abandonne toute notion de perspective et d’attraction terrestre. Alberti pense ainsi que c’est la singularité de la grille de lecture de notre environnement qui ferait de l’artiste manuel, un créateur. Créateur au sens d’inventeur d’un autre univers, mais aussi de ce que cette démarche implique, c’est-à-dire la vie. La représentation des actions, même en lui ajoutant par exemple d’infimes nuances de couleur, en modifierait l’éclairage donc l’interprétation. Or, la subjectivité de l’art a ceci d’intéressant que si elle a été conçue sous le prisme du créateur, peut vivre sous une multitude d’autres. D’où l’automaticité de l’admiration d’oeuvres manuelles ; Chacun pouvant retrouver en elles au moins un élément évoquant un souvenir ou une esquisse de l’imagination, de sorte à pouvoir se l’approprier et à le faire vivre de par le sens qui lui est donné. Selon Alberti, l’interprétation d’une de ces œuvres, consisterait également en un exercice de la sensibilité qui ne pourrait être rendu possible qu’avec une certaine connaissance théorique de la discipline en question. Connaissance de ses différentes techniques ainsi que du travail des teintes, induisant que l’amateur, en percevant l’œuvre dans toute sa subtilité, puisse s’approprier d’autant mieux son contenu. Il s’agirait alors d’une intégration complète de l’œuvre en l’esprit qui à ce stade donne lieu à une intensité du rapport à elle s’apparentant au domaine du ressenti. Le peintre aura alors réussi l’exploit de nous transporter dans un univers soumis à des représentations que nous ignorons et qui pourtant nous touche, impliquant simultanément des figures familières et le pouvoir de leur réinterprétation par l’intellect. Le pouvoir de réinterprétation de l’artiste à l’origine de cet univers s’élève au dessus du nôtre, c’est lui qui guide les images et les ressentis, de la même façon que nos actes sont influencés voire déterminés par les lois naturelles ou divines.

mardi, janvier 08, 2013

♫ Obviously Five beLievers - Bob Dylan

J’ai envie de commencer vigoureusement l’année par un autre phénomène qui me révolte. Certes, je ne fais que ça. Non seulement j’ai une aversion considérable pour la lâcheté qui consiste à ne pas vouloir exprimer ses convictions profondes, mais c’est bien parce qu’elle est très répandue que des gens comme moi doivent s'y atteler. Des gens qui n’ont rien à perdre, et surtout pas l’illusion de relations sociales enrichissantes.

J’ai découvert il y a peu, l’immensité de la supercherie de ce système pénal qu’on veut nous présenter comme universel. La prison part pourtant d’une saine intention : Il s’agit d’exercer un pouvoir coercitif sur le condamné qui fragmente son temps en diverses activités obligatoires pour lui inculquer une discipline. Celle-ci permettra dans le cadre d’un espace restreint de pouvoir ensuite décomposer ses gestes pour y repérer les différences avec l’idéal disciplinaire standard. Cette méthode qui conditionne le corps pour redresser l’ensemble de l’individu a pu donner naissance aux sciences sociales, qui l’évaluent également à partir de normes en vue de discerner ses anomalies et les corriger.
Mais, depuis plus de trois siècles que la prison existe, jamais ne fut abordée réellement dans le débat public la question de son efficacité, en terme de lutte contre les intérêts de la délinquance, mais aussi de victoire morale. Or, il est évident que la prison, en plus de ne pas avoir d’impact réel sur l’insécurité, n’en a pas plus sur la mentalité des délinquants. Si la pénalité disciplinaire limite par exemples les infractions au travail ou sur la route, où on nous prend pour des vaches à lait, c’est parce qu’elle s’applique à des gens qui la redoutent pour leur avenir professionnel ou financier. Aucunes perspectives d’avenir dans un lieu clos et ultra-réglementé où l’âme ne peut voguer vers des horizons plus poétiques. Cette oppression constante fait macérer des envies teintées de rancœur plutôt que d‘inciter le condamné à réfléchir sur ses méfaits.
Alors qu’il s’agirait au contraire de lui montrer l’erreur et de lui transmettre un mode de vie profitable à la société ! Comme le dénonce subtilement Foucault dans « Surveiller et punir », l’enjeu est bien celui de l’intérêt collectif. Et pour qu’il soit préservé, le projet des réformateurs des lumières était à mon sens le plus intelligent, mais aussi le plus juste. Non pas que je sois de ces gens de gôche qui les idolâtrent, cédant au laxisme à la moindre question de société quand Voltaire était profondément haineux du peuple du travail !
Ce projet consistait à mettre en place des place des peines punitives qui contrebalancent l’intérêt du délit ou du crime afin de réactualiser la légitimité du contrat social. Elles sont aussi correctives en ce qu’elles réparent symboliquement la société: travaux d’intérêts collectifs en rapport avec le délit commis. Il s’agit d’un système de signes qui dissuaderait de passer à l’acte par une relation inconsciente de cause, le délit, à effet, la sentence.

 Je pense également qu’il est urgent d’abandonner une prison qui cultive la délinquance en agglutinant la violence et en transformant des infracteurs en bêtes en cage. Hormis les dangers publics, qui devraient d’ailleurs être utilisés au profit de l’avancée de la science en hôpital psychiatrique, la plupart de la délinquance est jeune et livrée à elle-même, faute de travail et de pauvreté intellectuelle. Je n’excuse certainement pas les voitures brûlées ni la dégradation des biens publics dans ces banlieues, qui contribuent à nous diviser plutôt que de combattre la situation dramatique de l’emploi et de l’économie. Il ne faut néanmoins jamais oublier que l’oisiveté est la maîtresse de tous les maux. Avec les bracelets électroniques, on ne peut plus parler de folie : Les travaux d’intérêt collectif, ou réintégrer ces jeunes à notre société en leur donnant une fonction, une utilité plutôt que de les instrumentaliser comme repoussoir ! Punir n’est certainement pas suffisant pour leur faire aimer une France qu’ils ne connaissent qu’à travers la culture McDo, SOS racisme et la stigmatisation.

samedi, décembre 22, 2012

♪ David Byrne & St. Vincent - Ice Age


J‘ai mal au monde. Je veux y hurler tout le désespoir qu’il m’inspire. Comme une atteinte à la pudeur qui voudrait qu’on l’arpente, pour le meilleur et pour le pire. Communauté atomisée par le mode de vie individualiste où l’on utilise l‘idée de progrès pour satisfaire des intérêts purement subjectifs. 
Architecture aseptisée reniant la nature, enseignes lumineuses agressives et panneaux aux couleurs acidulées dégueulasses, symboles de l‘omnimarchandisation. Je dégueule ces concepts tels que je les ressens. 
Et la géométrie de ces murs se dressant dans les airs comme des certitudes. Nos vies coulées dans le béton. Et ce ne sont pas les écoquartiers qui y changeront quelque chose. Ces gens sains d’esprit qui veulent mettre des bouches d’aération dans les murs en prenant soin de border un étang de quelques minables arbustes pour rénover la biodiversité ! Ah ah ah. Il ne s’agit que de se cloîtrer entre des blocs repeints en vert dominant toujours aussi sinistrement une terre rongée par la pourriture de nos lubies si lucratives. Nos routes englouties sous le lichens sauvage. Je me plaît à rêver d’une contrée où l’obsédante optimisation du confort propre à la toute-puissance de l’intelligence humaine se marierait avec la beauté puissante de notre planète. (Non de notre « environnement », criminel euphémisme d’une interdépendance cohérente) Un peu comme dans la dernière américanisation en date, saine, pour une fois. Le Hobbit abordait précisément l'importance du chez-soi. L'on y voit des habitacles enracinés, parfaitement intégrés aux singularités verdoyantes. L’homme de cette époque est un enfant capricieux qui s’imagine qu’une nature dont émane une culture sont des dus ne nécessitant aucun respect, aucune harmonie, aucune intégration. 

Le monde est régit par des relations complexes de pouvoir. Il n'est pas manichéen, avec dominants d'un côté et dominés de l'autre. A nous d'oeuvrer à l'intérieur du pouvoir pour transformer ces relations à notre avantage.
 Internet est un des éléments de cette stratégie de résistance. 
"Je n'éprouve pas seulement le dégoût indifférent d'un regard offensé, ni simplement le chagrin que suscite un paysage profané, mais bien un douloureux pressentiment du chancre qui rongera les racines de notre grandeur nationale après qu'un tel  traitement aura été infligé à notre sol (...)."
John Ruskin, Les sept lampes de l'architecture

lundi, novembre 26, 2012

♭ UtopiA - golDfrapp

A l'heure où nos valeurs sont remises en cause dans le cadre du démantèlement de notre culture commune, nous sommes appelés à nous construire par nous-mêmes. L'heure n'est plus aux héros populaires. La technologie, sommum du cool et signe de réussite sociale véhiculé par la pub, a donc vocation à nous magnifier.

La nouvelle technologie, en plus de receler capacité de contrôle et aura de savoir, voudrait également être un art. Ainsi elle revêt une apparence jouant avec les textures, les couleurs et les proportions au même titre que n’importe quelle création artistique. L’on en oublierait presque sa vocation utilitaire, notamment avec le téléphone portable qui en plus d’être multifonction est devenu intrinsèquement désirable par son aspect toujours plus futuriste. C’est comme s’il y avait une volonté de nous projeter dans une autre époque, surpassant le surréalisme des années 20 dans son approche nouvelle de questionnement quant à l‘esthétique. Nous avons dépassé le stade de la provocation avec l’urinoir de Marcel Duchamps : La publicité a dépassé le concept de musée en présentant l’objet avec un soin rendu possible par une sophistication propre à la nouvelle technologie qui finie par s’apparenter à de l’art.
De plus, l’objet de notre quotidien présenté comme ayant une valeur artistique en posséderait véritablement une. Preuve en est l’engouement actuel pour le changement régulier de téléphone portable. Ce changement qui vise à l’actualisation domestique de l’avancée technologique repose également sur la considération que son apparence la traduirait. Ce luxe suprême de représentation détaillée du savoir fait de la machine un signe de richesse. L’art contemporain qu’est la technologie domestique n’émane donc plus du traditionnel façonnement des sens, mais de cet objectif de représentation. Enfin, visionner les dernières publicités pour appareils photo nous amène à constater que la technologie peut tendre à être un nouvel art de vivre. En effet, elle y est toujours présentée comme pouvant nous apporter le supplément d’appréciation d’un moment « unique » lors de sa capture. Celle-ci nous permettrait de percevoir ce moment sous un angle optimalisé voire même différent, selon les paramétrages effectués de l‘appareil : Il s’agit de nous offrir un prisme de vie que l’on peut singulariser pour ainsi dire à l’infini selon ses sens, comme on rajouterait une touche de violet sur une toile. L’on peut considérer cette démarche comme une autre façon d’oublier le propre de la technologie : la standardisation dans tout ce qu’elle a de répétitif et d’impersonnel.

dimanche, octobre 28, 2012

♪ La tordue - LE Zèle Des ÎLes





La colère et l'adversité sont mes moteurs. 
Elles fabriquent ma rage d'y voir clair. Tout est issu du sentiment, avant même de rationaliser et de contextualiser son objet pour se l'approprier. Comme le dit Christian Bobin, les mots ne sont que la pudeur, le vernis d'une ambiance s'imposant à nous comme une évidence. Le sentiment est une adventice de la passion, mêli-mêlo de perceptions et d'émotions diffuses et passives qui finissent miraculeusement par converger en un même point. L'expérience empirique de la vérité. Les gens sont mes cobayes. 

dimanche, septembre 23, 2012

♫ The settIng Sun - MADI

Me revoilà. Toujours plus tarée, arrogante et sensible. Décidée à repartir sur de bonnes bases universitaires. Celles de la détermination, avec principes d'intériorité comme guide. Mais aussi de la rigueur, me faisant le plus défaut: Une vie est une perpétuelle évanescence. Rien que des amas de vérités qui surgissent parmi tant d'autres pour se dissiper dans le non-sens comme des pétards retombant sur un lac. Et dans un élan aussi démentiel que désespéré, parfois violent, je souffle sur les braises de ma vie; Tentant de lui redonner une impulsion, une raison d'être au delà des balises de la société, au delà des espérances feintes. Je suis en tête-à-tête avec une seconde nouvelle vie, sans le FN, les romances déchues et tous ces autres éléments d'obsessionnelle que j'avais intégré à ma vie. Les dix semaines d'animation de cet été m'auront confronté à la jeunesse française. Mais la vraie, celle des classes populaires et moyennes, celle dont les racines ont été plantées dans un nihilisme pauvre et amoral. J'ai pu constater, analyser tout l'ennui d'une jeunesse se réfugiant dans l'humour gras, la cruauté et la frime pour tenter de refouler sa futilité et sa paresse. Complaisance revendiquée en l'abrutissement comme nouvel art de vivre, nouvelle religion. Celle que veut l'élite pour pérenniser son emprise sur l'intérêt collectif. L'éducation de la population ne pourra jamais à elle seule décroître les pulsions meurtrières du populisme. Celles-ci doivent aussi faire l'objet d'une répression. Le drame de l'homme est sa condition de solitude jusqu'à la mort. Son attitude en communauté découle de cette notion, vacillant entre égocentrisme et effet de masse, abandon de soi pour une cause transcendante. De là, du bon comme du mauvais peut en émaner, l'enjeu étant de canaliser ces forces paradoxales pour que pragmatisme et passion puissent s'harmoniser. "Vanité des vanités, tout est vanité et poursuite de vent" disait l'Ecclésiaste. Pas forcément une vanité égocentrique, mais une vanité comme défiance de la nature, exorcisme de sa condition humaine. En repousser les limites matérielles fait partie de cette logique destructrice voire morbide. Mais n'est-ce pas humilité que d'accepter -avec équilibre- cet aspect de la vie ? 

Photo :  Dans l'immeuble où je vis actuellement, l'on ne chie pas sur les codes.

samedi, avril 14, 2012

♭ Lumière du jour - Véronique Sanson

Complaintes d'une fille larguée.
Sasquia... Ce prénom entendu lors d'un séjours estival en colonie de vacances résonne perpétuellement dans ma tête. Il sonne si bien., à la fois raffiné dans la féminité du "ia" et chevaleresque dans l'audace de ses consonnes. Tout ce que j'aime chez la femme; La grâce qui lui est propre, mais pas façon guimauve. 
C'est le prénom que je donnerai à ma fille lorsque les hormones auront pris le dessus sur le bon sens de l'indépendance.(la sensation)
Je suis entourée de zombies. Des êtres si désespérés qu'ils en viennent à se contenter d'une vie sans souffrance pour avoir l'impression de ne rien rater. Si sensibles qu'ils la refusent, se terrant dans l'ataraxie, l'ascétisme ou l'individualisme, ces petites morts, ces limbes dont parlait Lucrèce où l'on est sûr de ne plus rien ressentir, pas même le bonheur. Je préfère encore mes excès conflictuels aux paradis artificiels dans lesquels ils survivent. Mes envies, mes éclats croulent sous ce nihilisme ambiant qui consiste en une lâcheté émotionnelle parfois monstrueuse. Au nom de l'absurdité de la vie dont il découlerait qu'un dépérissement vaille mieux que quelques mécanismes sordides de l'humanité. Je les transcende. Car j'ai besoin d'audace, de passion, de vie ! Ainsi je ne choisis pas la facilité du mensonge, je ne m'immunise pas contre cette humanité. Et je progresserai, harmonisant mon désir de destruction avec les autres, empreints de passion et non de fade calcul. Ma vie sera une fête où l'on célébrera la chance d'être sur terre en composant avec sa condition humaine des bouquets de mille printemps.

mercredi, avril 04, 2012

♪ Mon dieu - Edith piAf

Quand dorment les soleils sous nos humbles manteaux
Dans l'univers obscur qui forme notre corps,
Les nerfs qui voient en nous ce que nos yeux ignorent 
Nous précèdent au fond de notre chair plus lente,
Ils peuplent nos lointains de leurs herbes luisantes 
Arrachant à la chair de tremblantes aurores.

C'est le monde où l'espace est fait de notre sang.
Des oiseaux teints de rouge et toujours renaissants
Ont du mal à voler près du coeur qui les mène
Et ne peuvent s'en éloigner qu'en périssant
Car c'est en nous que sont les plus cruelles plaines 
Où l'on périt de soif près de fausses fontaines

Et nous allons ainsi, parmi les autres hommes,
Les uns parlant parfois à l'oreille des autres.

La fable du monde

Jules Supervielle nous fait la démonstration du miracle de la littérature avec le procédé du surréalisme : Des mots empruntés 
au monde à partir desquels il recréera le sien, au fin fond de l'inconscient de ses rêves d'artiste. La reproduction de la rythmique 
du coeur réconcilie le mouvement d'ouverture vers l'univers du corps avec l'introspection, sa découverte spirituelle. 
Une mise en abyme du royaume nature dont chaque pan est relié à l'autre par les lois du structuralisme.

samedi, mars 24, 2012

♫ Mozart requiem - III. Sequenz: Lacrimosa

Ah ! c'est dans les dangers qu'il faut observer l'homme, c'est dans l'adversité qu'il se révèle : alors seulement la vérité jaillit de son coeur ; le masque tombe, le visage réel apparaît.                                                                           (...) Pareils aux enfants qui tremblent et s'effraient de tout dans les ténèbres aveugles, c'est en pleine lumière que nous-mêmes, parfois, nous craignons des périls aussi peu redoutables que ceux dont s'épouvantent les enfants dans les ténèbres et qu'ils imaginent tout près d'eux. Ces terreurs, ces ténèbres de l'esprit, il faut donc pour les dissiper, non les rayons du soleil ni les traits lumineux du jour, mais l'étude rationnelle de la nature. Et toi, tu hésiteras, tu t'indigneras de mourir ? Tu as beau vivre et jouir de la vue, ta vie n'est qu'une mort, toi qui en gaspilles la plus grande part dans le sommeil et dors tout éveillé, toi que hantent les songes, toi qui subis le tourment de mille maux sans parvenir jamais a en démêler la cause, et qui flottes et titubes, dans l'ivresse des erreurs qui t'égarent.                                                                                                                                                             (...) L'un se précipite hors de sa riche demeure, parce qu'il s'ennuie d'y vivre, et un moment après il y rentre, car ailleurs il ne s'est pas trouvé mieux. Il court a toute bride vers sa maison de campagne comme s'il fallait porter secours a des bâtiments en flamme ; mais, dès le seuil, il baille ; il se réfugie dans le sommeil pour y chercher l'oubli ou même il se hâte de regagner la ville. Voilà comme chacun cherche a se fuir, mais, on le sait, l'homme est a soi-même un compagnon inséparable et auquel il reste attaché tout en le détestant ; l'homme est un malade qui ne sait pas la cause de son mal.
Lucrèce était un philosophe et poète latin  du 1er siècle avant JC adepte de l'école d'Epicure. Il considérait que la mort  est à l'origine des maux de l'homme car elle est pour lui un mal suprême donc inavouable le guidant bien souvent vers la passion, la destruction. Dans cet extrait de "De natura rerum", sa seule oeuvre inachevée visant à la révélation de notre condition humaine, il décrit avec une certaine beauté amère ce vain désespoir. 
L'homme est paradoxe par essence; Sans cesse tiraillé entre orgueil du pied de nez à la mort et autodestruction, 
sacrifice aux passions qu'elle engendre. Au final, on sait qui l'emporte, malgré tous les efforts
 qu'il peut déployer pour polir son être, le rendre plus supportable.

vendredi, mars 16, 2012

♭ After Every party I die - IAMX

Une morale platonicienne chère à l'homme, qui ferait de lui un être authentique, comblé par sa bonne vie. Le paradis artificiel de l'ataraxie. Psychothérapie. Réalisation des moindres désirs ou consommation de masse à l'origine de l'économie. Harmoniser son désir de destruction avec les autres comme Nietzsche. Médocs. L'ascétisme. Une sensation fugace de haute voltige dans les sphères de la jouissance. Sa maximalisation sur les critères de Bentham. Thérapies cognitives. L'hédonisme, subtil calcul de soustraction de la souffrance au plaisir vers le résultat bonheur. Ou pas.
Aristote considérait qu'il existe un certain nombre de biens objectifs chez l'homme relevant de sa nature profonde comme le foyer et la reproduction. L'homme se définissant par l'exercice de sa raison, le but ultime de son bonheur réside dans la politique et les sciences.
Foutaises. Épicure et son maître Démocrite avaient raison, ne nous laissons pas aveugler par le conformisme ou la course aux honneurs du conditionnement social. 
Des éclats de vérité de raison et de sensibilité dans le chaos de l'illusion.
Voilà ce qu'est le bonheur. Des révélations sur le monde qui nous consolent de la mort, dans le respect des méthodes propres aux particularités de chacun pour qu'elles soient rendues possibles.

dimanche, mars 04, 2012

♫ asLEep from dAy - chEmical Brothers

Voici l'extrait d'une analyse que j'ai eu à faire d'un merveilleux livre de Roland Barthes.
L'empire des signes
La relation fond/forme de la civilisation japonaise ne repose pas comme la notre sur l'harmonie mais la déconstruction. Il s'agit dans un premier temps de créer à l'aide de codes ou règles du jeu toutes les conditions qui permettront de s'y adonner avec une volupté proprement artistique. Sauf que ce plaisir est vide de sens. Il n'a pas la présomption d'une finalité métaphysique ou humaniste, comme se plaît à le croire Barthes en l'opposant au capitalisme. Il repose sur le néant de l'orgasme, cette petite mort, quitte à éclipser le plaisir de l'acte en lui-même, déjà épuré du sens. Barthes nous propose une vision sémiologique d'une civilisation qui ne cesse d'en jouer de manière à mettre en déroute nos préjugés sur une relation fond/forme. En effet, l’occidental a la spiritualité du sens pour ligne de conduite. 
Pour lui, chaque élément, même le plus anodin, est lié à lui par un mysticisme ésotérique. Le jeu est particulièrement illustratif de la culture japonaise car il est signe dans le dérisoire, l’esthétisme, mais aussi le symbolisme du rituel. 
Roland Barthes, en théorisant au moyen d’une écriture ciselée sur ce choix de concevoir le monde sous le jour du vide plutôt que du fondement nous démontre qu’il émane paradoxalement d’une volonté. 
Cette volonté obstruant le signifié au profit du signifiant est idéologique, elle reste guidée par le sens.

mardi, janvier 17, 2012

♪ sweet adeline - Elliott Smith

Il est logique quand on est jeune d'être indécis sur ce que l'on veut faire des 70% de sa vie. D'abord parce que cela donne le vertige, et qu'il s'agit de se responsabiliser quant à un parcours bien défini. Difficile de s'accoutumer à ce formatage de l'esprit lorsque l'on sort du monde fantasque de l'adolescence et de l'assistanat du lycée. Pour ma part, j'ai déjà pas mal erré. En découvrant Paris à travers le métier trop abrutissant et mal reconnu de serveuse. Tout le monde n'a pas la même puissance intellectuelle ni la même capacité de passion. A l'inverse, aucun prolétariat ne se sacrifierait pour faire tourner les commerces, les boîtes de services à la personne et les industries. (Enfin, ce qu'il en reste.) Concrètement, je rentre de l'université. J'ai eu 4 en communication.  Cela me désespère, bien que j'ai passé l'âge d'être fascinée par les artifices de manipulation à force de la pratiquer. Je n'ai pas le choix du processus si je veux être considérée comme journaliste un jour; Ce rôle utile de miroir qui consisterait à apporter une vision constructive (non celle du système) de la société grâce à l'aventure de l'investigation. Je me demande souvent ce que  je vais faire de mon être, si exalté et dérisoire à la fois. Je songe de plus en plus à voyagermais avec quel argent ? Nous ne sommes plus en 1960 où faire du stop n'était pas se faire passer pour folle ou pute et un article paraissait dans un journal pour le peu que son contenu soit bon ! Je pense ne pas avoir la volonté de vivre à cette époque. Une époque où le réseau social vaut mieux qu'une culture commune, où des machines se 
substituent aux rapports humains pour motif de praticité. Une époque de comm'* où la forme prime 
au détriment du fond : Ma camarade a obtenu la moyenne en baratinant.


*"Société de consommation", ce n'est plus hype. Maintenant, on dit "société de communication", 
car en plus de se complaire dans le futile, ils le clament à la terre entière.
Récent Ancien Base