Eléments

lundi, juin 23, 2014

♫ (s)AINT - Marilyn Manson

La morale (éthique) se caractérise par trois traits fondamentaux : sa dimension absolue et en cela universelle, mystérieuse, et descendante. La morale est effectivement cette force qui s’impose irrésistiblement à l’homme par le truchement de sa raison pour impacter sur la Terre. Une force dont la puissance n’a d’égal que l’ignorance de sa provenance, et pour cause : Nous sommes dotés du libre-arbitre, l’aléatoire sans quoi le monde, pour ainsi dire pipé d’avance, serait absurde. L’art (esthétique), à l’inverse, est inductif. Puisqu’il naît des sens, des rêves et de l’imagination et d’une part de rationalité venant les « condenser » dans des œuvres, il a une dimension tout à fait aléatoire et en cela une provenance connue, ainsi qu’une vocation ascendante. L’art, en définitive, à partir d’une subjectivité va vouloir embrasser l’objectivité de l’univers par la voie des sens. Et c’est d’ailleurs bien ce saut dans le vide, ce caractère à la fois vain et audacieux qui confère à la démarche qu’il représente tant de beauté ; Quel que soit le degré de réussite de la démarche en question.
La morale, pour s’appliquer au réel, doit faire face à ce que l’on appelle obstacles, mais qui lui confèrent en fait tout son sens. Il s’agit des instincts avec lesquels elle se confronte, qui ne tendent qu’à la facilité, à savoir le plaisir instantané, ainsi que rien de moins que la vie, qui exige parfois d’elle qu’elle emprunte des voies sales et malodorantes. Ces dilemmes impliquent que la morale soit en quelque sorte tributaire du réel pour se réaliser, ce qui est à la fois source de souffrance et d’excitation, à l’inverse de l’existence des anges, ces âmes pure, qui doit être d’un ennui mortel, ne faisant l’objet d’aucun doute, d’aucune passion, donc d’aucun intérêt.

Car la passion est notre raison d’être sur Terre. Produit de notre réflexivité sur la souffrance naissant du doute, elle est la synthèse par excellence entre particulier et universel, car elle est l’incarnation par la subjectivité de l’homme de ses aspirations métaphysiques ; Ces questions cosmogoniques ou cosmologiques venant se heurter à la finitude de l’homme dans un flot de spéculations dont on intuitionne le caractère vain car spéculatif et qui donneront toujours à la pensée la teneur aigre-douce de l’inachevé… Kierkegaard choisi de l’assumer, et c’est pour cela qu’il se refusera par exemple à élaborer de quelconques systèmes philosophiques, par nature voués à se refermer sur eux-mêmes sans avoir pu embrasser toute la complexité de la nature.
Cette synthèse, que l’on peut aussi désigner par « toujours dans le jamais » se traduit de moult façons. Par ce que Kierkegaard appelle l’instant, l’éclat de vérité surgissant dans le néant de la temporalité. Ou encore par l’amour, absolutisme d’un idéal personnel s’incarnant dans les limites de ce que l’on peut connaître de quelqu’un, d’où le fait que tout rapport à l’autre soit voué à être en grande partie un malentendu, une projection de soi ; L’amour d’autrui comme miroir de soi-même, donc miroir aux alouettes. Cela éclaire peut-être un tant soit peu l’adage qui dit que l’amour authentique, c’est l’amour des imperfections de l’autre. La notion de leadership s’apparente elle aussi à la synthèse du particulier et de l’universel : On attend qu’un être faillible représente et fasse honneur à des idées empreintes d’immuabilité, du moins au yeux des hommes.

Bref, nous attendons de nous-mêmes et de la vie qu’elle nous apporte la passion nécessaire qui fera le lien entre immanence et transcendance, l’une légitimant l’autre. Et c’est parce que nous avons besoin de reconnaître l’universel dans le particulier pour donner un sens à ce dernier, et d’illustrer l’universel par les particularités du monde pour nous l’approprier que le fait de vivre se suffit lui-même. Vivre pleinement, que ce soit à travers la politique, l’amour que sais-je encore comme vecteurs de passion pour faire cohabiter ces deux fondamentaux. Non comme le font les croyants ou les êtres claquemurés dans leur égoïsme ou leur nihilisme en se vouant davantage à l’un qu’à l’autre, dont l’importance est la même. 

mardi, juin 03, 2014

♫ Smocking or not smocking ? - Alain Chamfort


Levi-Strauss constatait avec justesse que l’on ne pouvait hiérarchiser les races dans la mesure où l’on ne pouvait hiérarchiser les cultures qui en émanaient. Une civilisation, une culture ou une société, bref, un système complexe ordonnant la vie d’un groupe d’individus, recèle des éléments dont la fonction n'est pas forcément accessible avec la grille de lecture qui est la nôtre, si tant est qu’ils semblent similaires à ce que l’on peut connaître. En effet, même si en tant que membres d’une même espèce humaine, nous avons tous les mêmes aspirations, les particularités d’un environnement et les races qui en résulteront (fruit d'une adaptation) donneront lieu à des mises en œuvre différentes de ces aspirations innées. (besoins élémentaires pour les instincts, cohésion pour la sensibilité et justice pour la raison, la rationalité n'étant que le moyen d'application de ces trois choses) Si bien que les codes, les arts et les institutions d’un système complexe pourront tout au plus se rendre accessibles de façon rationnelle, dans la mesure où l'on peut évaluer la performance des éléments d'un système complexe en fonction de leur finalité, mais qu'il demeurera un aspect irréductible de l'entreprise anthropologique relevant du fait que ces éléments, bien qu'ils s'apparentent à la mise en oeuvre de mêmes besoins, s'expriment au sein de sensibilités particulières. Ce faisant ils ne revêtiront jamais la puissance symbolique que pourrait se figurer un individu n'ayant pas été élevé ou même immergé longuement au sein du microcosme en question. Cette part d'irrationnel, indispensable à toute cohésion d'un peuple, fait obstacle à une quelconque démarche de jugement de ce dernier car, échappant à la téléologie purement fonctionnaliste, elle ne saurait être objectivée.

Ce relativisme des cultures est non seulement une réalité de fait, mais aussi de droit puisqu’il prévient tout risque d’hégémonie. Mais diversité et curiosité du monde tendent à être absorbés par un colonialisme de la pensée impulsé par les lumières et appelé « droits de l’homme ». Cette célébration des libertés individuelles, utilitarisme des rapports humains se donnant bonne conscience en se drapant d’humanisme a mis et continue de mettre à mal l’expression de la richesse humaine dans sa diversité sur bien des plans. Elle irradia d’abord l’Europe sur le plan intellectuel avant de connaître un fort retentissement en Angleterre, berceau du capitalisme et de la mise en magasin des matières premières, puis en Amérique sur le plan économique avec l’avènement des multinationales. Cette idéologie, qui a pour objectif premier le profit, s’attaque maintenant au reste de monde avec l’ensemble des armes évoquées précédemment, à la différence du fait qu’elles aient désormais l’urbanisation comme vecteur de déploiement (Exemple frappant avec l'Ecole de Chicago, qui s'est servi de l'explosion démographique des Etats-Unis pour faire naître l'idéologie libéralo-libertaire sous couvert d'investigation journalistique...) et la diplomatie pour légitimer rationnellement ce néocolonialisme en forme d'exportation du consumérisme.
Le dénominateur commun de ce qui est qualifié communément de progrès, de « progressisme » ou encore d'« avancée technique », est comme l’a si bien constaté Norbert Elias la notion d’autocontrôle. Ce qui peut sembler paradoxal s’éclaire lorsqu’on prend le temps d’en dérouler la logique : Si le concept d’extension infinie des droits servira de moteur à une aseptisation des mœurs toujours plus grande, c’est parce que comme évoqué précédemment, il est mis au service d’une vision rationaliste des rapports interpersonnels et politiques. 
Depuis la société de cour, cet utilitarisme qui se drape dans des discours de liberté a été la condition de possibilité des normes sociales occidentales et a été ensuite transposé à l’ensemble de l’environnement, de façon à aboutir aux multiples problèmes écologiques que l’on connaît actuellement. Cette appropriation du monde par l’utilitarisme que sous-tend ce que l’on appelle « mondialisation » est en fait son accaparement par le mondialisme, à savoir sa standardisation par la technique, et plus particulièrement la maritimisation. Norbert Elias était un paneuropéen, dans la mesure où il attribuait le nom de « civilisation » à ce façonnement ultrarationnel du monde à marche forcée, c'est-à-dire imposé par le modèle de libéralisme économique qui n’a cessé de se développer depuis 1550/1600 à Venise, si l’on en croit Fernand Braudel. Cette vision évolutionniste –comme toutes les visions évolutionnistes au demeurant- peut être qualifiée d’ethnocentrée, dans la mesure où elle reproduit le schéma de pensée indiqué précédemment consistant à plaquer sur le monde un modèle de fonctionnement idéal ou vécu indépendamment de la finalité qu’un peuple se proposerait de réaliser ainsi que d’un environnement donné.

Nous nous retrouvons donc face au défi de protéger la biodiversité, qu’elle se rapporte à l’environnement comme à l’humanité. La protéger n’est pas encourager sa dissolution dans un gloubiboulga se voulant homogène appelé « multiculturalisme ». Gloubiboulga qui ne fonctionne pas pour deux raisons fondamentales ; le fait que l’altérité ne peut être féconde dans la violence de son imposition ainsi que l’artifice de cette altérité, puisqu’il y a inadéquation entre la nature d’un peuple importé et un territoire donné, de la même façon qu’un Baobab ne saurait prendre racines dans une prairie normande.
Ce concept de biodiversité doit s’appliquer aux cultures comme aux idéologies. D’aucuns diront que c’est la démocratie qui est sa condition nécessaire de réalisation ; Le fait de laisser les forces s’exprimer dans un système complexe en toute indépendance et les laisser se confronter « à la loyale ». Cette conception est au vivre-ensemble intellectuel ce que le multiculturalisme est au vivre-ensemble, à savoir un suicide collectif. Non pas cette fois-ci à cause de ses fondements, mais de ses implications, à savoir un nivellement des valeurs impliquant leur submersion par la complaisance passive et béate et la désacralisation de l’espace commun. Les présupposés de justice par lesquels sont régis chaque système complexe doivent donc avoir des modalités d'application à la fois sensibles (culture) et rationnelles (idéologie) résultant de l’environnement particulier auquel ils s’appliquent, de la même façon que la culture émane de la nature. Il s'agit de prôner une diversité idéologique relative à un environnement donné qui conférerait à des forces qui s'affrontent un même degré de « l'à-propos » et ainsi un même degré de légitimité. L’universel, qui se traduit comme on l’a vu par un relativisme culturel et idéologique, n’a donc vocation qu’à subsumer le particulier, et non le remplacer.
L’idéologie des lumières avait pourtant su donner un bel exemple de l’équilibre entre individu et société, entre particulier et universel… Jusqu’à ce qu’elle vire à l’obsession de l’universel en se donnant pour ambition de plaquer sa conception unificatrice de l’Homme aux déclinaisons de son être par définition pourtant particulières, c'est-à-dire propres à un environnement donné et à des contingences historiques.

jeudi, mai 01, 2014

♭ BAxter Dury - HotEl In Brixton






mardi, avril 01, 2014

♫ Bocca Di Rosa - Petra Magoni & Ferrucio Spinetti


« L’avènement de la démocratie se produit à mon avis lorsque les pauvres, forts de leur victoire, exterminent les uns, bannissent les autres, et partagent également avec ceux qui restent le pouvoir politique et les responsabilités de gouverner. Le plus souvent même, dans la cité démocratique, ces responsabilités sont tirées au sort. »

Cet extrait de La République de Platon résume à lui seul toute l’idée que je me fais de la démocratie, mais aussi celle que je me fais de l’éternel recommencement de l’histoire. 
Commençons par la première idée. La démocratie est l’expression institutionnelle du relativisme. En donnant à chacun le potentiel pouvoir de peser sur la vie publique, elle noie les valeurs suprêmes dans le gloubiboulga des lubies, réduisant ainsi d’emblée leur importance et donc leur capacité de l’emporter face à elles. De graves préjudice à la morale ou même à une quelconque doctrine d’inspiration nietzschéenne plaçant un certain état d’esprit au sommum d’une adéquation avec la vie naissent à coup sûr de ce système qui a oublié que précisément tous ne sont pas égaux face à la nature et ce faisant ne peuvent la défendre. Non, contrairement à ce que nous disent les héritiers de la « french théorie », et particulièrement de Sartre, la culture ne prime pas sur la nature, je dirais même que c’est l’inverse. Il n’y a qu’à observer les nombreuses expériences sur le genre qui ont déjà été menées pour s’en convaincre. De plus, comme le constatait Nietzsche, nous sommes conditionnés par la physiologie de notre corps. Sans tomber dans des dérives eugénistes pour le coup contre-nature, il conviendrait donc de prendre en compte ces deux facteurs, de sorte à extraire de la population des personnes en mesure par leur patrimoine génétique intellectuel et physique d’apporter des solutions et des systèmes de régulation morales ou du moins adaptés à des situations pour les empiristes acharnés. Seulement avec la démocratie, ce qui donne son horizon à la façon dont une nature humaine doit s’envisager par rapport à ses semblables ainsi qu’au reste de la nature s’en trouve réduit à une affaire de lobbying.

Ce nivellement intellectuel par le bas, donc, entraîne pour sûr le reste dans sa chute. D’où le fait que Weber parle d’un désenchantement du monde propre aux sociétés modernes. (Comprenez « sociétés occidentales et démocratiques »…) En effet, la démocratie implique le libéralisme, c'est-à-dire une extension infinie des droits incompatible avec la sensibilité exacerbée que requiert la notion de contrastes émotionnels. Je m’explique : Compte tenu de l’inclination naturelle de la nature humaine à l’égoïsme, c'est-à-dire tout simplement à l’expression débridée des instincts, lui laisser le champ libre par la démocratie impliquera que ces instincts gagneront continuellement du terrain, de sorte à instrumentaliser l’environnement. (Que cela se traduise par un océan de plastique dans le pacifique nord ou par une « gadgetisation » de l’enfant)
Il est en fait question d’une ultrarationalisation de l’environnement qui en aseptisant des pratiques culturelles par l’autocontrôle (Norbert Hélias en parle très bien) qu’elle induit leur fera perdre leur sens de sorte à les éliminer à long terme. La laïcité exemplifie cette tendance.
Mais la démocratie dans son essence nivelante même annihile le simple processus de contrastes émotionnels à l’origine de toute sensibilité. D’où l’addiction aux jeux vidéo et autres écrans tactiles ainsi que le succès des manèges à sensation, autant de phénomènes qui traduisent un besoin de stimuli comme compensation d’un manque d’exercice de la sensibilité.
Nous en revenons donc à ce qui a été dit dans l’article précédent : Contrairement aux autres espèces, c’est à l’homme de s’autoréguler. S’autoréguler pour que cette instrumentalisation de l’environnement, c'est-à-dire la rationalité mise au service des instincts ne détruise pas notre système de valeurs et la sensibilité qui en découle.


La deuxième idée s’apparente au phénomène de basculement d’une force à l’autre qui rythme la politique donc a fortiori l’histoire depuis toujours. Dans l’extrait, cela s’illustre par le fait que les pauvres prennent l’ascendant sur les oligarques et dans cet élan les tuent. Si le bipartisme à l’américaine est actuellement dénoncé dans les sphères dissidentes, qu’elles se réclament de l’extrême droite ou de l’extrême gauche, ça n’est pas en vertu de sa nature, mais de la façon dont il s’exerce. Le bipartisme UMP-PS pour prendre l’exemple de la France devient impopulaire parce qu’il ne représente plus l’affrontement de deux forces, s’apparentant comme on le sait à une seule et même doctrine libérale, et donc libéralo-libertaire puisque l’un ouvrant la voie à l’autre comme l’analyse très justement Michéa. Dans ce cadre, la montée du FN apparaît comme légitime dans le sens où elle est sur l’échiquier politique l’expression la plus radicale possible d’un contre-pouvoir en mesure de faire bloc. Mais, j’aurais très bien pu prendre l’exemple d’une hégémonie américaine en place depuis 60 ans donnant actuellement lieu à un sévère retour de manivelle russe sur la scène géostratégique internationale, et d’autant plus idéologiquement, puisque outre les enjeux monopolistiques, on a affaire à ce qu’Aymeric Chauprade qualifie très justement de lutte entre matérialisme et traditionalisme. On a affaire à l’éternelle lutte politique de ceux qui érigent l’individu en valeur suprême et ceux qui lui préfère la transcendance morale ou communautaire.

Kant a essayé de réconcilier individu et bien commun sans grand succès. S’il a très bien identifié et décrit la rectitude avec laquelle la morale s’impose à l’esprit, son erreur a été de ne pas prendre en compte la réalité dans laquelle cette morale s’inscrit nécessairement. De sorte qu’elle ait vocation à se plaquer à cette réalité sans en épouser les subtilités, ce qui crée une dissonance entre ces deux éléments. Voilà pourquoi il est toujours plus approprié de parler de bon sens plutôt que de morale qui implique la notion de pureté, d’absence de mélange. Notons également que cette absence de nuance dans la pratique de la morale a légitimé les philosophies dégénérées de Rawls ou d’Habermas ayant fait d’elle un hideux outil « progressiste » visant à la conquête de l’individu du plus de droits possible au prétexte que c’est ce que tous voudrait vouloir. Certainement pas Kant, en tout cas…Et c’est la raison pour laquelle il n’est pas allé jusqu’au bout de sa logique concernant son projet de paix perpétuelle assurée par un gouvernement mondial.
Si le jeu politique est voué à être binaire, toute action dissidente a vocation à en contrebalancer une autre de sorte à l’annuler. Mais cette raison de compensation d’une force par une autre au sein d’un processus naturel de régulation n'est pas sa seule explication. C’est aussi parce que l’homme, tiraillé qu’il est entre raison, sensibilité et instincts est incapable de s’objectiver assez pour tenir une ligne de crête entre deux blocs de pouvoir qui s’affrontent, quand il n’adopte pas délibérément des positions dénuées de nuances (ou extrémistes). Il s’en trouvera donc comme magnétisé par l’un ou l’autre bloc de pouvoir selon sa sensibilité politique, sa culture, ect. Magnétisme dont les effets auront évidemment tendance à s’intensifier lorsque l’individu n’est pas confronté à l’altérité, et c’est pour cela que la plupart des groupuscules politiques ne véhiculent pas des idées équilibrées, produits pour ainsi dire d’une macération extrémiste savamment entretenue par leur affranchissement de la société et des critères de sélection subjectifs et en grand nombre. Ici est donc à distinguer « radicalité » et « extrémisme ». La première démarche relevant du simple équilibrage des forces contraires quand l’autre consiste à exclure tout ce qui ne proviendrait pas de son logiciel de pensée.

En effet, opposer une force à une autre n’implique pas systématiquement de rejeter cette dernière, puisqu’affirmer sa propre force implique de lui donner les moyens d’exister et de se déployer en la nourrissant de diversité, donc de forces adverses. Chaque force recèle sa part de lumière à partir de laquelle naîtra une part d’ombre, délicieux caprice de toute subjectivité qui est loin de tendre à la vérité.
Il s’agit donc pour des élites dignes de ce nom de compenser la force d’une hégémonie par une autre tout en le faisant de façon assez dépassionnée pour anticiper les dommages collatéraux inverses qu’impliquerait l’émergence de cette deuxième force. Pour cela, il s’agit d’entretenir une certaine multipolarité, biodiversité au sein de l’opposition. Une démocratie dont le danger de nuisance serait cadenassé par la capacité des élites en question à s’objectiver ainsi que par un microclimat au cap idéologique clairement défini. « Suivre sa pente tout en la remontant », comme le disait Marguerite Duras.

lundi, mars 10, 2014

♪ DowN to tHe Park - Gary Numan & Tubeway ARmy

 Depuis quelques années, je me découvre un mysticisme qui avait été étouffé par une éducation laïcarde. Plus je prends de l’âge, plus je m’affranchis des idéologies transmises par ma famille. Dans ce patrimoine, une bonne grosse dose de droitdelhommisme saupoudrée d’apatridité, le tout imbibé de culture soixanthuitarde se voulant rock n’ roll. Pendant environ 16 ans, j’ai tout gobé et voilà que c’est comme si je dégueulais toutes ces années de formatage intellectuel. Ce qui m’a évidemment valu les pires insultes de la part de mes propres géniteurs. Je dirais qu’il s’agit d’un virage à 90°. Pas à 360, car il ne s’agit pas de remettre en cause ce qui m’a été inculqué pour le plaisir d’exercer un esprit de contradiction frustré. Ni à 160, puisqu’il ne s’agit pas non plus de rejeter en bloc toute la pensée franc-maçonne (entendons-nous bien). Il s’agit en fait de me constituer mon propre mode fonctionnement, et celui-ci se veut être une jonction entre l’universel et le particulier. Rien que ça. 
Si le particulier est une façon détournée d’accéder à l’universel, ou du moins à l’intersubjectivité humaine qui est la nôtre (induction), cette dernière se plaque à l’inverse sur le réel par le biais de la morale en grande partie, comme par nécessité de garantir la survie de l’espèce en empêchant les hommes de trop s’entretuer, même si des éclats de vérités peuvent surgir d’événements intenses émotionnellement ou rationnellement, semblables à des comètes traversant le ciel devant nos yeux. Une forme de révélation.
L’universel s’apparente à quelque chose de lointain, de froid et d’étincelant quand le particulier ressemble à ces sentiers de terre bordés de marronniers à travers lesquels transparaît par intermittence la lumière pâle et délicieusement surannée d’un début d’automne. Ces sentiers sont autant de voies remontant vers l’horizon aveuglant et attirant à la fois de l’universel. Autant de disciplines, autant d’arts permettant de s’essayer à ériger des perceptions et des sensations en vérités immuables grâce à un outil intuitif inné. Tous les entrevoient, certains mieux que d’autres, mais avons-nous les moyens d’accéder au grand ordonnancement ? 
A cet égard, une chose est claire. La quête effrénée de l’homme vers la vérité, qu’elle soit pluridisciplinaire comme jadis ou dans le cadre de la division du travail et d’une société cybernétique mondialisée comme aujourd’hui démontre qu’il est fondamentalement relié à cette vérité en tant que fragment de ce qu’elle englobe, c'est-à-dire l’univers. Le fait de se sentir connecté de la sorte et de le constater avec une morale s’imposant à nous et les fulgurances évoquées précédemment est pour le moins désarçonnant. Bien sûr, ces connections pour ainsi dire "interfragmentaires" ne sont ni linéaires, ni identiques. Reste que tout est affaire d’équilibre, et pas qu’entre particulier et universel, car la vie est un processus de régulation, même s’il est sans cesse mis à l’épreuve par les lubies de l’homme qui essaye de s’arracher à ces déterminismes par la rationalité. On pourrait considérer, à l’instar des écologistes en vogue, que cette rationalité émanant de l’homme, qui est nature, ce qu’elle mettrait en œuvre aurait forcément une légitimité naturelle. Sauf que la rationalité étant précisément ce qui différencie l’homme des autres animaux donc de la nature, (du moins ce que nous en connaissons à l’échelle de la planète) elle est à fortiori culture, réflexivité de la nature sur elle-même. Si c’est l’homme qui détient cette réflexivité sur la nature, alors il lui appartient également d’en user sur la sienne en trouvant l’équilibre entre sensibilité, raison et instincts.

lundi, décembre 02, 2013

♫ Seelenluft Manilla Headman miX









  




Noël, Noël, 
Noël !
Remettons un peu de féérie authentique dans nos traditions.


vendredi, novembre 29, 2013

♭ FiNishing Jubilee Street - Nick Cave & THe Bad Seeds

Le bon goût est par essence discriminant car son rôle est de nous doter aux yeux des autres d’une certaine prestance. Le bon goût est la mise en musique d’un feeling esthétique qui donnera en quelque sorte de l‘épaisseur à l‘image de nous que nous voulons renvoyer à la société. Il a donc vocation à montrer la direction du beau afin de se démarquer de la masse par des procédés distinctifs savamment entretenus. C’est flagrant dans le milieux de la mode, de la haute-couture et dans les milieux aisés qui en insistant sur la promotion de codes esthétiques qu’il est de mise ou chaudement conseillé de suivre, vont s’ériger en modèle, en maître à penser en matière de respectabilité de l‘image. Deux enjeux du bon goût apparaissent donc : L’évidence d’être connecté au monde par le biais de la mode et de vibrer ainsi avec lui au son du progrès et l’évidence d’un élitisme à l’inverse conservateur qui est celui de l’entre-soi social. 
On va ainsi miser sur des codes de langage, une manière de se tenir, des accessoires, des associations de couleurs, de textures particulières ou des mouvances artistiques pour dresser le paravent de l‘exception esthétique entre une communauté et le reste du monde ou de la société. La notion de beauté est donc très relative aux tendances de la mode qui sont influencées par des normes sociales qui évoluent. Dans les milieux aisés, c’est le même processus en moins rapide. Il faut ajouter à cela des signes de distinction supplémentaires, notamment chez la grande bourgeoisie, qui se renouvelleront exclusivement par rapport aux classes sociales les moins élevées : On remarque par exemple que la marque Gucci, après avoir été pendant des années sujette à la contrefaçon, n’est plus du tout en vogue.
Si le bon goût tire sa relativité du besoin d’être marqué du sceau des milieux autorisés pour être reconnu comme tel, quelques invariants se détachent. Non pas en terme de fonctionnement, qui est depuis toujours le même en raison de sa finalité, la distinction mais en substance. C’est ce qui donne à penser que la beauté a tout de même une grande part d’universel, et pour cause, la sensibilité est la même pour tous les êtres humains. 
La communauté du bon goût reconnaîtra donc les siens parmi ceux qui seraient les plus à-mêmes de se servir de leur sensibilité, et plus exactement de leur « feeling ». Mais si les critères du bon goût varient avec la société, ce n’est pas que parce qu’ils en émanent, mais aussi parce qu’ils constituent une appropriation par la sensibilité de cette société. Une adaptation à elle. Le processus est également inverse, et c’est pour cela qu’en tout temps, on peut globalement remarquer que des caractéristiques propres au bon goût apparaissent face à l’obscurantisme du peuple. Peuple dont la sensibilité n’aurait pas été éduquée par la beauté, qui, au même titre que la morale universelle, lui aurait montré le chemin de la vérité éternelle. Une sorte de réminiscence.
Ces caractéristiques du bon goût relèvent d’une attitude globale d’une personne que l’on peut nommer « élégance ». Il s’agit d’une aisance dans le rapport à soi, au corps et à l’environnement qui consiste à incarner avec intelligence sa propre personnalité tout en étant en adéquation avec ces trois éléments. L’élégance, c’est donc connaître sa nature profonde pour la faire raisonner en harmonie avec les particularités du monde, y compris et d’abord les siennes. Cela s’illustre parfaitement avec la notion de tact, qui est une forme de bon goût : En avoir nécessite une connaissance assez bonne de ce que l'on veut exprimer et de son environnement immédiat pour le faire avec subtilité et au moment opportun. 
En définitive, on peut dire que le bon goût va à contre-courant de cette époque. On peut le considérer comme étant viscéralement une valeur de droite dans le sens où il se tient raide comme un cap au milieu du brouillard relativiste de la facilité. Non la droite décadente, imbibée de son époque, dont le maître-mot est l’hédonisme, traduisez gloire et débauche. La vraie droite, chevillée à des valeurs faisant d’une société quelque chose de grand, sur le plan moral comme ici, esthétique. Au milieu du saccage des valeurs au nom du seul utilitarisme du plaisir, le bon goût est devenu l’une des seules boussoles que nous ayons à notre disposition. Dans cette époque d'apparat, il est devenu la seule façon reconnue de tous pour réaliser sa nature profonde en symbiose avec le monde. N'oublions pas que ce monde, c'est avant tout la nature brute. Wilderness. 
 

mardi, octobre 08, 2013

♪ Vanessa Paradis - SundAys Mondays

Le rire nous paraît futile, vulgaire ou même immoral. Il est le résultat d’une crue réflexivité qui consiste en une vision englobante d’une existence humaine. Et lorsqu’on la considère avec froideur, sans les froufrous des mondanités et autres finalités suprêmes qui en perdent leur sens à mesure que nous remontons la chaîne infinie des causalités, que reste-il ? Le non-sens. Cette absurdité s’impose à nous dans des situations précises qui ont toutes en commun d’être particulièrement humiliantes, parce qu’elles sont nées d’une dissonance entre le sérieux avec lequel nous hiérarchisons les choses et une réalité dont la différence de plan sur laquelle elle se situe nous rappelle à quel point ces choses en question sont futiles et a fortiori nous, au regard ne serait-ce que du monde. C’est alors que, légèrement plus désabusé que la fois précédente, nous nous réengouffrons dans la brèche de l’instant présent pour nous enivrer de mondanités et pourquoi pas, au passage, enfanter des étoiles. Pourvu qu’elles soient assez universelles pour réduire en éclats le plafond de verre du ridicule de notre finitude. Avoir la volonté de donner un sens à sa vie, c’est donc cela : s’efforcer comme on le peut de semer de l’harmonie dans la laideur absurde d’une noblesse entrant en confrontation avec les choses les plus vaines.
Le rire vise à se réconcilier avec la laideur sans la réformer. Il n’en demeure pas moins décisif, car il témoigne d’une grande prise de conscience de notre condition et de la dichotomie qui existe entre ce qui est fondamentalement important et ce qui ne l’est pas. De plus, il n’est pas immoral, car il est en fait amoral : Il dépasse ce triste constat pour le replacer dans le cadre du monde sensible et ainsi jouir de lui de la façon la plus minimaliste, la plus prosaïque qui soit. Le rire est donc délicieusement cynique : Il se moque d’une condition humaine tout en s’y complaisant ouvertement.

lundi, septembre 23, 2013

♫ VoodoO Soul - Driving Dead girl

Une culture doit être le produit de sa vie interne et externe : Laisser filtrer une diversité naturelle relativement à une harmonie qui consisterait à la fondre dans une nature européenne.
 

Est naturel à mes yeux ce qui relève de l'équilibre. Dans ce tumulte mondialiste organisé par les puissances d’argent, nous devons à notre tour nous organiser en légiférant pour y parvenir : Le combat d’un retour à une volonté d’adéquation avec la nature contre la décadence culturelle d’un déséquilibre. Celui d’une volonté affaiblie ou grignotée par la violence d’instincts égoïstes laissés en friche par l‘air du temps individualiste. 
Vivre la nature repose sur l'équilibre, les modalités qui découlent de son fonctionnement le prouve : nuance, régulation, délibération... Aucun peuple par le passé n’a réussi à éradiquer de présence allogène ou étrangère à son essence. Voilà en quoi le discours d’une certaine frange ultraréactionnaire ou se revendiquant par des méthodes ouvertement discriminantes d’une identité nationale ou européenne ne s’inscrit pas dans une véracité naturelle.
A mon sens, il existerait une grande mosaïque culturelle humaine parcourue d'autant de teintes qu'il y a de modes de vie. Et ceux-ci mutent avec leur temps, il faut l‘accepter. En effet, la France est un mélange d'influences culturelles successives. Il s'agit de l'homogénéifier sans stopper ce processus naturel et tout en veillant à sa conformité avec les particularités du monde sensible. Des frontières doivent être comme la peau: laisser passer l'air pour faire muter une culture en conformité avec la notion naturelle d’équilibre tout en protégeant l'organisme, c’est-à-dire l’essence de cette culture, émanation d’une nature physiologique. 
Des cultures mutent en fonction de la technique, de l'idéologie et des flux migratoires, phénomènes ancestraux : Si l’on avait une pratique plus équilibrée de la technique et du libéralisme, le rééquilibrage migratoire, qualitatif comme quantitatif se ferait. Je suis toujours déconcertée par la facilité avec laquelle la réacosphère accepte d’être envahie par la technologie en comparaison à la violence avec laquelle elle refuse la mutation charnelle d'une culture. C’est probablement parce que la façon dont les machines aliènent notre sensibilité en l’aseptisant est beaucoup plus insidieuse que l‘agression esthétique que représente l‘immigration de peuplement que nous vivons. La préservation physiologique de la nature comme condition exclusive de la mutation légitime d'une civilisation et des cultures qui s'y rapportent en tant que celles-ci doivent émaner de la nature est ainsi de mise. Cependant, il ne s'agit pas de préserver cette adéquation peuple-nature que du point de vue identitaire, c'est à dire de la question de la substance ethnique ou de tradition commune. La question du mode de vie doit elle aussi être travaillée pour veiller à ce que la continuité d'un peuple entre ses racines naturelles et ses aspirations se perpétue dans une dimension qui ne soit plus seulement physiologique et sociale (cohésion induite par les traditions issues de la religion) mais encore philosophique et même métaphysique au sens littéral du terme. Ainsi, les questions de bioéthique ou encore portant sur la place que nous devons attribuer à la technique, ect. devront être creusées sérieusement. Car si nous parlons constamment de la menace d'altération de notre culture légitime par des peuples qui ne contiendraient pas en eux les capitaux nécessaires pour continuer à la faire vivre pour des siècles et des siècles (déterminisme physiologique), qu'en est-il des conséquences culturelles et cognitives de l'omniprésence de la technique ? J'ai un début de réponse à cette question : L'aseptisation des idées et l'"asexuation" des corps auxquelles nous assistons ne sont pas dus à un phénomène de féminisation, comme le disent les nostalgiques du patriarcat. (et contre lesquels je n'ai aucun grief, n'étant moi-même pas féministe, soit dit en passant) Il ne s'agit à mon sens que de symptômes parmi tant d'autres d'une déconnexion littérale de la réalité nous faisant nier celle-ci. Le multiculturalisme, la théorie du genre, ect. sont des théories qui s'inscrivent dans un contexte hyper-technologisé où l'on n'est plus aux prises avec les choses les plus évidentes faute de pouvoir les interpréter dans toute leur sensibilité, c'est à dire sans y injecter la rationalité induite par le système des machines qui jalonne notre quotidien. Mais cette tendance n'est malheureusement pas nouvelle. Elle a même été initiée ici avec la French theory dont Sartre est le père fondateur. Pour faire bref, la French theory peut être rapportée à cette fameuse assertion de Simone de Beauvoir qui consiste à dire qu' "on ne naît pas femme, on le devient" que Sartre va étendre à tous les domaines pour instituer son concept de liberté.
Pour en revenir à la question identitaire, l’enjeu n’est pas le mélange d’humains à d'autres, phénomène naturel. Elle est de décider pour nous chez nous. Depuis toujours, des gens de partout sont venus sur le territoire. La différence, c'est qu'on avait le droit de réguler ces flux. La colonisation de l'Algérie, tout comme celle que nous vivons actuellement en Europe et toutes les colonisations qui se sont produites dans le monde d’ailleurs, n'a pas été un processus naturel puisque les autochtones, au même titre que notre désarmement moral et législatif, n’ont pas été en mesure de réguler ce phénomène. 
 Mais, pour ne pas sombrer dans la caricature, n’oublions pas que Levi-Strauss, contrairement à ce que disent les obsédés du « grand remplacement » qui n‘ont pas compris la notion de porosités naturelles, ne prônait pas l'autarcie ! Il prônait une surdité des cultures les unes envers les autres afin qu'elles mutent progressivement et restent ainsi diverses. Là on pourra ainsi parler de richesse de l‘espèce humaine.
  Reste ensuite à veiller à ce que les autochtones soient en adéquation avec une nature locale ou que cette dimension normative soit prise en compte dans une politique, pour qu‘ils se fondent à elle et que la typicité substancielle des peuples européens soit préservée, respectée de façon pérenne. Et de façon plus pragmatique, considérons que si la population migratoire est régulée, elle s'assimilera assez à une culture pour que nous acceptions que celle-ci mute en retour, toujours en conformité avec la nature : suivre la pente des aléas de l’histoire tout en la remontant. 

jeudi, septembre 12, 2013

♭ Aphex tWin - phlOam

J'ai reçu un héritage musical très riche de la part de mon père et rien que pour cela, je lui serai toute ma vie reconnaissante. Depuis enfant, j'ai eu la chance d'avoir été sensibilisée à une si grande diversité d'influences musicales qu'elle peut désormais rythmer ma vie, apportant le supplément d'âme adéquat à ses montagnes russes. La musique accompagne mes humeurs et mes pensées, à la fois fidèle à elle-même et en les revitalisant, en leur donnant toujours plus de sens et de saveur. Et même lorsqu'une chanson ne correspond pas à ce qu'il se passe dans ma tête ou mon environnement, c'est comme si elle s'y fondait, de sorte à modifier un état d'esprit ou à me faire envisager une situation sous un autre angle. D'où vient cette souplesse ?
La musique est l'ironie-même. L'évanescence des notes fait d'elle un art dont la légèreté s'accommode de la transcription des mélodies les plus subtiles, donc les plus fortes. Il s'agit d'une beauté suggérée émanant d'un délicieux paradoxe. C'est en cela que la musique est l'art qui parle au plus de monde : sa beauté n'est pas brute, elle se dilue dans la succession des notes, se rendant ainsi accessible dans ses grandes nuances.
Il en est de même concernant le sens d'un morceau : Une histoire est racontée; Comme toutes les histoires, une morale ou un message y apparaît en filigrane. Mais le fait que l'une ou l'autre soit délivré de façon détournée, c'est à dire au sein d'une altérité sans cesse renouvelée par l’enchaînement des teintes musicales (notes en mineur et en majeur) lui confère une universalité à taille humaine, et même intime. Une éternité à la fois immanente à ces teintes musicales en ce que celles-ci relaient une mélodie qui va générer des émotions, et transcendante à elles, car cette mélodie, bien qu'elle résulte d'une technicité instrumentale, est bel et bien le produit d'une intention préalable. Ce qui en fait, même dans la spontanéité d'une improvisation de jazz, quelque chose de rationnel.
Je me suis toujours interrogée sur l'origine de ma grande inclination pour la musique. Je pense qu'au delà de l'habitus ou de mes traits de personnalité, la musique m'est destinée; Elle est d'ailleurs destinée à chacun de nous car elle constitue l'art le plus fascinant qui soit. A la fois frivole dans son insaisissabilité et narrative, elle nous chuchote des vérités à l'oreille.
Si nous sommes insatiables de musique, c'est parce que nous attribuons à la véracité immuable d'un message délivré par une mélodie la légitimité de résonner en nous comme des incantations. 
Car l'anticonformisme est non seulement une forme de conformisme, mais il est à bannir à plus forte raison en musique, dont le message ne peut être délivré qu'avec la mélodie qui lui correspond, faute effectivement de lui faire perdre toute cohérence. Ce qu'il y a de fascinant là dedans, et même dans la musique en général, c'est le lien inaltérable entre rationalité et sensibilité : l'adéquation nécessaire de ces deux choses apparaît de façon parfaitement distincte. Le message, qui n'est délivré qu'à travers ce qu'évoque une succession de notes a quelque chose de très abstrait, certes, mais il n'en n'est pas moins intense émotionnellement pour autant lorsque l'adéquation est respectée. Et c'est ce qui implique que la musique soit à mon sens l'art le plus grand. 


dimanche, juillet 21, 2013

♭ we haven't turned Around - Gomez

Pas plus tard qu’il y a quelques semaines, j’ai encore fait une expérience de pensée saisissante. Le tourbillon bariolé des contingences de la vie est décidément une source d’inspiration inépuisable Il ne cesse de nous révéler à nous-même.
Me voici donc virée par mon responsable animation pour avoir froissé son égo de mâle dans son expression la plus subtile. (Non, on ne me dit pas « dégage », à moi, intelligence.)  Ni une ni deux, je prends mes clics et mes clacs et me tire du camping en question, préférant m’affranchir de cette situation malsaine quitte à dormir dehors plutôt que de la laisser pourrir davantage dans un face à face grotesque. Je me rappellerai toujours de cette scène tragi-comique où je décidai de n’emporter de la bouffe que j’avais acheté que le strict minimum à ma conservation, démontrant mon détachement total du confort matériel pour lequel avait opté mon responsable en mettant fin à ma période d’essai. Et lorsque je quittai le chalet où nous étions agglutinés, j’adressai un joyeux et non sans ironie « Adieu » à mon collègue qui vivait cet instant en différé, arc-bouté sur son ordinateur
 Ce moment fut nietzschéen. La victoire de l’intrépidité sur les ressentiments larvés. Le oui à la vie et tout son fatras, par delà le bien et le mal, comme antiseptique à la laideur humaine. J’ai une vision plutôt kantienne de l’existence et du fonctionnement de la morale. La justice, qui comme nous l’avons évoqué précédemment émane de la raison sous la forme du respect, est une loi inconditionnée qui doit prévaloir dans les rapports humains en tant qu’affranchissement de la nature nécessaire à notre pleine réalisation. Une fois cette rationalité de cœur appliquée, la sensibilité et les instincts n’auront qu’à coloniser les vides laissés par la raison de sorte à recréer au sein de la nature un enracinement maintenant ainsi l’homme dans l’équilibre auquel il se destine. 
Seulement, quelque chose de plus grand encore transcende la règle morale devant régir les rapports humains. C’est que cette règle régit l’ensemble de l’univers. C’est la vie.  L’autre jour, je me suis retrouvée au soir à près de 500 bornes de chez moi sans argent, sans voiture, sans personne à l’horizon pour venir m’aider. Et pourtant, je suis allée au devant de tous ces obstacles et m’en suis tirée. Et je suis convaincue qui si tout s’est à peu près goupillé pour que j’y arrive, c’est parce que je suis en bonne santé. 
Avoir la force de ne m’en remettre qu’à mes seules ressources pour composer avec cette situation m’a démontré que quoi qu’il se serait passé de plus malencontreux, j’aurais poursuivi avec fougue car je suis mue par la volonté de puissance: Une croissance instinctive en opposition au déclin de la maladie dont le symptôme aurait consisté par exemple à me poser en victime. Dieu m’en garde, je ne suis pas plus rongée par les remords que par la rancœur. Bien que des relations puissent être définitivement brisées -le pardon étant affaire de sensibilité- la cicatrisation de mon âme est faite. Mais ça n’est pas pour autant qu’un préjudice ne sera pas vengé par une fidélité envers la morale qui m’habite si l’occasion se présentait. Or, ce qu’on appelle l’ironie du sort s’arrange toujours pour nous mettre face à ce qui ne tourne pas rond en nous. La nature, dont les rouages peuvent être parasités par la technique, demeure si bien faite !  
   

lundi, juillet 01, 2013

♭ ColouRING Of PIGeoNs - tHe kNife

Cette dernière semaine, j’ai compris quelque chose d’assez fondamental: Je ne choisis pas les gens qui feront partie de ma vie en fonction de leur sang, d’une sympathie ou même d’un amour que j’aurais pour eux mais du rapport que j’ai à eux.  
Ce rapport sera avant tout autre chose un rapport de respect ou ne sera pas. 
On fait tous partie de la même famille, puisqu’on provient de la même souche. L’argument qui consiste à dire qu’avoir été mis au monde par deux personnes leur donne le droit de nous traiter comme bon leur semble est donc erroné, il ne repose que sur du conformisme. Nous ne sommes pas dans un rapport animal, instinctif d’union inconditionnelle d’une mère à son petit. Il ne faut pas oublier d’y intégrer la dimension culturelle. Il s’agit précisément de la notion de respect. Et pour cause, la raison dont il émane est l’unique chose qui nous distingue des animaux. (18 gènes humains sur 24 000)
En conséquence, le fondement de respect d’une relation puise lui-même sa légitimité dans la chose suivante : Essayer. 
Essayer de garder le cap au milieu des broussailles de l‘expérience empirique.
 Cet effort n’est même pas constant, bien que nous sachions toujours exactement ce qu’il convient de faire, et ce dans n’importe quelle situation.
La sensibilité et les instincts n’ont de cesse de nous faire osciller entre morale, amour et égoïsme. Mais, la raison sera toujours là pour nous donner mauvaise conscience, nous rappelant ainsi la suprématie de sa manifestation, le respect, sur tout autre sentiment. La violence est son inverse. Elle est un déploiement naturel de l'instinct de survie face à la douleur inconsolable d’un être pris au piège de l’inopérance morale. Cette violence consiste en un déchaînement d'animosité qui sera transposée dans des rapports humains comme expression d'un refus ou d'une impuissance à faire usage de raison. 
L'individu se réfugie dans le monde sensible pour s'accommoder de cela. Une réponse morale à la violence doit à son tour s'exprimer dans le monde sensible. Pour être perçue par l'autre et pouvoir le tenir à nouveau en respect en faisant acte d'une force égale de sensibilité.

La lumière de la morale nous éclairera de sorte à marcher droit tant que nous aurons les valeurs universelles de la raison au cœur. 
Belle est l’intelligence. 
Ceux ayant fait le choix de mettre leur rationalité au service de leurs seuls intérêts, lubies ou névroses sont de méprisables utilitaristes de la pensée. Le film Buffet froid mettait parfaitement le doigt sur cette gangrène de notre époque.

vendredi, juin 21, 2013

♫ Led ZeppliN - bRon-y-Aur-stomP

Texte que je lirai lors du rassemblement des Veilleurs pour la famille qui se tiendra ce mardi de 21h à 23h Place de l'opéra à Lille.


Si j’ai voulu écrire ce texte pour vous ce soir, ce n’est pas par religiosité, contrairement à ce que ces gens veulent faire croire à tout le monde. D’abord parce que la laïcité implique que des convictions religieuses ne soient imposées à personne, et surtout pas sur l’espace public. Ensuite parce que je pense qu’il est inutile d’aller jusqu’à invoquer Dieu pour s’apercevoir de l’effrayante absurdité du monde que l’on nous promet pour demain. En effet, la question n’est pas de savoir quelle est la volonté d’un grand architecte de la nature. Son œuvre parle d’elle-même. Son essence est la perpétuation de la vie. C’est donc la reproduction qui donne un sens à la nature en la faisant renaître de ses cendres à mesure que la mort gagne du terrain sur le monde des vivants. La reproduction comme régénérescence pour l‘équilibre, ultime finalité d‘un univers dont l‘ordonnancement dépasse la raison.
S’il est de bon ton de remettre en cause l’altérité permettant cette perpétuation, tant du point de vue de sa réalité biologique que des caractéristiques naturelles qui en découlent, c’est donc peut-être que cette époque est profondément mortifère. Mortifère car elle prône la dégénérescence. Certains la nomment avec une certaine fierté « décadence ». Comprenez qu’il soit « cool » d’être underground. Sauf que ces jeunes gens que vous avez sous les yeux n’ont en fait rien de visionnaire. Ils sont même les purs produits de leur société. Ils se contentent de recracher avec toujours plus de virulence à mesure qu’il s’en convaincs les slogans soixanthuitards de leurs parents qui imprègnent encore les papiers de la plupart des journalistes qu‘on laisse s‘exprimer.
La question est donc la suivante : Voulons-nous de ce monde où tout ne serait que culture ? Voulons-nous de ce monde où l’on nous désigne le progrès comme un éternel affranchissement de ce que nous sommes ? Voulons-nous renier ce que nous sommes en imprimant à la nature le sceau d’une vanité consistant à lui imposer nos lubies ?
Veillons. Veillons sur nous-mêmes et sur les autres pour ne jamais oublier que ces lubies, fruits de l’individualisme tout-puissant qui règne sur cette époque n’est rien en comparaison de la cohérence du monde. Et si l’homme essaye de rivaliser avec elle par la technique ou l’idéologie progressiste, un jour ou l’autre, la boucle du cycle naturel se refermera tant bien que mal sur ce monde pour faire système et nul ne peut savoir ce qu’il adviendra de cette fatalité. 

 



 
Récent Ancien Base