vendredi, décembre 26, 2014
lundi, décembre 22, 2014
♭ Agnès Obel - Words Are dead
Chez nous pas de sagesse, pas de folie.
Innombrables les sentences de vos sages, inépuisables les
proverbes de vos fous.
Sur les lèvres de nos sages, rien qu’un sourire, une fleur
de sourire, une neige de sourire – et dans les yeux de nos fous, même sourire,
même fraîcheur.
Car nos sages et nos fous, ce sont les mêmes.
Nous avons écouté vos sages et nous les avons trouvés
fatigués. Nous avons regardé vos fous et nous les avons trouvés tristes.
Tristesse et fatigue : un seul manteau, avec son
envers, avec son endroit.
Tristesse – la fatigue qui entre dans l’âme.
Fatigue – la tristesse qui entre dans la chair.
La fatigue va en vous d’un pas léger, comme la jeune fille
qui rentre après minuit dans la maison de ses parents : lorsque vous vous
apercevez de sa présence, il est déjà trop tard, elle a déjà fait son lit dans
votre cœur, elle a déjà serré votre pensée à l’amertume, comme la corde à son
pendu.
Vos enfants ignorent cette fatigue. Il semble qu’elle ne
vienne en vous qu’avec l’âge, nouée au chagrin comme le lierre à son arbre.
Nos saints ne font pas de miracles. Ils ne marchent pas sur
le feu, ils ne commandent pas aux montagnes, ils ne tutoient pas le vent. Nos
saints font mieux, bien mieux que des miracles : ils guérissent du
chagrin, ils effacent toute lassitude.
Nous venons boire la joie limpide dans le creux de leurs
mains.
Ni sentences, ni proverbes. Joie seulement, sourire
seulement. Joie reposant dans sourire, sourire reposant dans joie.
Car chez nous point n’est besoin de mots : un sourire
suffit – la rosée d’un sourire sur l’herbe d’un silence.
Car chez nous le contraire de la folie ce n’est pas la
sagesse, mais la joie.
Chez nous le mot amour ne se dit pas. Il tremble, il
frissonne, il vole, il plane, il est partout dans l’air – mais personne ne le
dit.
C’est que chez nous la parole n’est pas comme chez vous une
partie du monde, une île déserte dans l’océan du silence. Chez nous la parole
est plus que le monde, plus que le ciel et le soleil. Elle est comme un petit
morceau de Dieu, coincé entre les dents. On ne l’en déloge qu’avec prudence, et
seulement pour les grandes occasions.
Quand l’un d’entre nous est atteint de langueur, il va chez
son ami, c'est-à-dire chez le premier venu, car tous ici sont frères et sœurs.
Il emmène avec lui une chaise de paille. Il s’assied à côté de son frère ou de
sa sœur, il reste là sans dire un mot, le temps d’un jour, le temps d’une nuit,
le temps d’un soleil et puis d’un autre soleil, jusqu’à ce que la langueur s’en
soit allée avec lui. Alors il se lève, ramasse sa chaise de paille et s’en retourne
à ses affaires.
Le mot amour, il faudrait un événement considérable pour
qu’il vienne une seule fois à nos lèvres – et cela ne présagerait rien de bon.
Des savants ont écrit que, moins un mot était prononcé, plus
il se faisait entendre, car, assuraient-ils,
Ce qui ne peut danser au bord des lèvres
-
S’en va hurler au fond de l’âme
Peut-être.
Des religieux ont écrit aussi que le silence où dort le mot
amour était en nous comme un reste de paradis, un vestige de ce temps où les
choses brillaient de n’être pas encore nommées, où l’ombre d’un nom ne couvrait
pas encore l’éclat des choses.
Peut-être.
Un poète a écrit : Qui appelle son amour s’apprête à le
tuer
Peut-être, peut-être, peut-être. Nous sommes d’accord avec
ces théories et nous accueillons bien volontiers leurs contraires. Nous sommes
gens très tolérants avec les idées. Nous les rangeons dans les livres, et nous
rangeons les livres dans nos bibliothèques. Nous n’accordons tous nos soins
qu’à la vie, au bel oiseau de vie. Les idées ne nous dérangent pas plus que les
oiseaux empaillés. Nous laissons ceux qui le souhaitent en faire collection.
C’est une manie bien innocente.
Bien sûr on a beaucoup écrit, beaucoup fait pleuvoir le mot
amour sur le doux papier blanc. Bien sûr. Ecrire n’est pas dire, comme vous le
savez.
C’était il y a longtemps. Une pluie de livre, un vrai
déluge.
Depuis on a cessé. Depuis on a compris : pour bien
écrire le mot amour, il y faudrait plus d’encre qu’il n’y a au monde.
Chez nous pas de prison. Nous avons, comme vous, nos
assassins. Ils ne sont pas très nombreux, mais quand même, ils sont là. Mais de
prison, aucune.
Les pierres qui recouvrent nos chemins sont tranquilles.
Elles savent que jamais nous ne leur ferons l’injure de les serrer l’une contre
l’autre dans des hauts murs, pour séparer le jour et la nuit, l’homme de son
frère.
Je vous vois sourire. C’est le sourire de qui croit bien
entendre et n’entend rien. Vous vous demandez ce que nous faisons de nos
assassins, puisque nous ne les enfermons pas.
Nous ne sommes pas insensés. Nous savons que le tigre et
l’agneau ne peuvent dormir dans le même pré. Là n’est pas la question. Il est
dans la nature du tigre d’être tigre. Il est dans la nature de l’agneau d’être
agneau. Mais il n’est pas dans la nature de l’assassin d’être assassin.
Celui qui donne la mort, c’est qu’il est déjà mort.
Celui qui tue, c’est par manque d’air.
Ceux qui font le mal, nous les appelons des
« mal-respirants ».
Car chez nous tout est respiration, allée et venue de l’air
dans la gorge, de Dieu dans l’air, du monde dans Dieu, échanges incessants,
ondes continuelles, flux et reflux.
Nous ne punissons pas le criminel, nous l’aidons à rétablir
en lui sa respiration naturelle.
Nous emmenons nos assassins dans la forêt. Nous leur demandons
de prêter attention au bavardage des feuilles, à la récitation des sources et
aux sentences du vent. Nous leur demandons de prendre leur temps, de ne rien
oublier et de nous retrouver ensuite dans la clairière, pour tout nous
raconter.
A leur retour, nous leur disons ceci : enfoncez-vous
plus loin dans la forêt, là où le vert devient noir. Fermez les yeux. Ecoutez
ce qui, en vous, est comme la feuille, comme la source, comme le vent.
Cette période-là est plus longue.
Au bout de que quelques mois le premier revient et
recommence à chanter, dans le milieu de la clairière.
Car chez nous le chant est remède, le chant est lumière, le
chant est vérité, pure respiration du vrai dans le vrai, de l’esprit dans
l’esprit, du cœur dans le cœur.
Quand la voix de celui-là s’envole jusqu’au ciel, imposant
le silence aux oiseaux alentour, alors nous savons qu’il est guéri, et bien
guéri : plus de pierre sur le souffle, plus de cendre dans l’âme.
Bien sûr il y a des échecs. Certains s’égarent dans la forêt,
ou en reviennent avec une voix de fauve.
Cela nous l’acceptons. Nous ne cherchons pas comme vous, à
séparer le pur de l’impur. Nous savons qu’ils seront toujours un peu mélangés.
Nous ne sommes pas des anges – comme vous.
Christian Bobin, La présence pure
♪ Spare Room - bass Drumm Death
La question de la souveraineté d’un peuple repose d’abord sur
le concept de restriction d’intermédiaires entre le peuple et les élites
sensées trancher sur les questions que pose le vivre-ensemble. Pour qu’une
élite soit légitime quant à l’exercice de ce rôle, elle doit non seulement être
au plus près du réel, c'est-à-dire de la contingence des attentes des citoyens
qui remettent la représentation et la mise en application de leurs intérêts
entre ses mains, mais détenir les leviers de cette mise en application.
Pour ce faire, encore faut-il que cette élite soit en
« connexion » perpétuelle avec ce réel qui non seulement a des
particularités contextuelles, mais qui évolue. Car comme le constate très bien
l’africaniste Bernard Lugan, il ne s’agit pas, à l’instar des ONG que d’appliquer
des règles universelles de justice au réel, encore faut-il qu’elles puissent viser
leur cible légitime. Or la connaissance de cette cible ne repose que sur des
informations empiriques qui doivent être réactualisées constamment. Le
« ciblage » devant également s’effectuer en adéquation avec des codes
culturels et des croyances locales pour qu’une justice ne souffre pas de
malentendu et ne manque pas d’incarnation. Ce qui implique une gouvernance
« bien de chez nous ».
Quant aux leviers de pouvoir qui permettront la mise en
application de cette politique de bon sens, il y a près d’un demi siècle que
nous les perdons un à un au fil de la progression atlantiste initiée par le
plan Marshall. Ce superbe cheval de Troie nous a d’abord dépossédé de notre
culture, de notre ordre de valeurs : on y a substitué le libertarisme
soixanthuitard, le multiculturalisme et désormais tout un tas de revendications
de frustrés sexuels – Mais après tout, comment s’étonner que les Etats-Unis
enfantent de tels monstres idéologiques niant ainsi le réel ? Ce phénomène
est presque psychanalytique dans la mesure où l’assumer serait de l’ordre du
génocide mental pour un peuple dont les repères se sont construits sur la
destruction du peuple amérindien, l’esclavage ou encore l’expansion des
multinationales ayant servi de colonne vertébrale à la constitution américaine.-
Hégémonie atlantiste ayant également gagné notre modèle économique et par voie
de conséquence notre modèle social pour maintenant s’attaquer officiellement à
notre indépendance militaire face à la structuration des BRICS.
Voilà en quoi consisterait le rétablissement d’un vrai
souverainisme. Ici s’entend un souverainisme profond, ne reposant pas que sur les
notions superficielles voire même aseptisées de contrat social ou de
républicanisme, qui, en plus de ne pas forcément convenir à un contexte
politique donné n’ont jamais été suffisantes pour souder un peuple.
La justice émane bien d’une morale intersubjective,
c'est-à-dire universelle du point de vue humain. Comme l’a si bien constaté
Kant, ce génie, la doctrine « Agis de telle façon que la maxime de ton
action puisse être érigée en loi universelle de la nature » est applicable
en tout temps et en tout lieu et c’est vérifiable empiriquement puisqu’elle
repose sur une notion de symétrie du rapport à autrui que l’on peut retrouver à
travers nombre de cultures, philosophies et religions différentes. Cette
symétrie peut se traduire très simplement en ces termes : « Ne fais
pas à l’autre ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse. » La justice est
donc applicable en tout temps et en tout lieu dans son rapport à autrui pris
comme sujet rationnel digne de respect (et non à un proche, avec lequel un ordre
de valeurs subjectif, propre aux relations interpersonnelles) en substance. En
substance car la forme, la manière dont le principe de justice sera mis en
musique n’a, contrairement à ce que prétend Rawls, pas vocation à découler d’un
processus universel, car chaque peuple a sa manière culturelle particulière de
le vivre. Les instruments qui présideront à l’application concrète de cette dernière
devront être minutieusement choisis et maniés en fonction des fluctuations de
l’histoire de ces peuples.
En deuxième lieu, ces instruments ne sont que des
instruments ; Ils ne constituent pas une finalité, comme tout ceux qui
passent leur temps à encenser la République veulent nous le faire croire, mais
bien un moyen. Le moyen de structurer le vivre-ensemble d’un peuple et de
réaliser ses ambitions, qu’elles se rapportent au domaine du rationnel comme du
sensible, et c’est tout l’enjeu de cette époque. Car le tort des penseurs
actuels de la neutralité politique comme Rawls n’a pas seulement été de plaquer
sur une réalité changeante un unique modèle de mise en application de la
justice, (formalisme) il a aussi été de faire de la politique quelque chose de
purement rationnel, alors même que l’unité d’un peuple que ce modèle vise à
conserver relève également d’une homogénéité culturelle et naturelle communes. Voilà
en quoi un modèle de justice n’aura à ce titre pas à dicter à la réalité d’un
peuple lui-même pris dans les contingences de l’histoire des principes qui se
révéleront peut-être obsolètes demain, mais à s’adapter à elle en vue de
perpétuer sa puissance.
La notion de « souverainisme profond » est
également à considérer comme une incarnation au niveau macroscopique de la
doctrine kantienne participant elle-même du respect de la biodiversité humaine.
Il s’agirait donc bien de préserver cet ordonnancement mondial et initial de
biodiversité naturelle en permettant des échanges entre les peuples dans le
cadre d’intérêts variés tout en les limitant assez pour qu’ils n’interfèrent
pas dans leur épanouissement respectif. Autant dire que la concurrence libre et
non faussée imposée au sein de l’UE ou encore l’officialisation de
l’assujettissement des états au secteur privé que nous réserve TAFTA sont aux
antipodes du concept de souverainisme. Le colonialisme, comparable à une
effraction qu’elle qu’en soit sa nature, serait également à proscrire à ce
titre.
En résumé, le souverainisme profond est à considérer comme l’instrument
théorique d’un principe de justice est universel libre d’appropriations
politiques et culturelles diverses. Ce principe de justice est universel en ce
que lui seul puisse garantir une coexistence respectueuse et loyale d’entités
culturelles (peuples) en vue de la perpétuation de leur puissance respective
elle-même garante d’un équilibre propre à une biodiversité humaine.
Le souverainisme pris en un sens général et non procédural
et à géométrie constante, dans la mesure où il est consubstantiel à une
politique localiste à l’écoute du réel, n’aura donc pas besoin du renfort de la
démocratie pour pallier au risque de parasitage entre les intérêts d’un peuple
et la mise en application du principe de justice par une élite. La connexion
entre ces deux entités politiques est vouée à s’effectuer en ce qu’elle repose
sur son caractère empirique ou devrais-je dire de justice incarnée. Que l’on ne
s’y trompe pas : la vocation d’un pouvoir n’est pas de réinventer l’essence
d’un principe de justice universel au grès des lubies d’un peuple. Celui-ci se
révélant souvent plus attentif à des intérêts corporatistes voire même
personnels qu’à ceux de la justice en raison d’une nature inéquitable et d’une
impossibilité de démocratisation totale de la culture.
jeudi, novembre 13, 2014
♫ deUs - Is A robot
Je
suis dans une recherche de synthèse entre particulier et universel.
Pas qu'en politique, mais dans tous les domaines et particulièrement
en ce qui concerne la spiritualité, puisque cette polarisation a
vocation a être appliquée à l'ensemble de l'univers.
La
faculté de connaître ne s’exerce que dans le cadre restreint de
ce qu’un contexte ainsi que notre propre subjectivité nous donnent
à voir. En conséquence, on n'aime jamais les choses que par
l'entremise de ce que l'on connaît d'elles. Même si Dieu est en
nous en tant que fragment de l'unité qu'il subsume, on ne peut
l'aimer que par le biais du monde, car c’est à travers une
interaction initiale avec l’environnement que son existence
s’actualise en nous. Cette existence de Dieu n'est donc rien
d'autre à nos yeux que la conscience de l'unité à laquelle
participe le monde que nous-même en tant que matrice de cette
conscience.
C'est
ainsi que Dieu nous irrigue de sa vie, que l’on appelle aussi force
créatrice par sa présence en chacune des particules du monde. Nul
besoin de le chercher dans un ailleurs céleste, il est là, dans la
nature. A ce titre, le plaisir que nous avons à contempler cette
dernière est à considérer comme quelque chose qui est loin d'être
anodin. En effet, si ce plaisir est possible, et rien ne lui est
inégalable dans ce que l'homme a pu créer d'artificiel, c'est parce
qu'il est le fruit d'une adéquation originelle entre notre sens de
l'esthétique et la nature. L'art n'étant pour ainsi dire qu'un
produit dérivé de la nature, une composition à partir d'elle,
cette adéquation sera parasitée par le travail de la matière et le
plaisir qu'il suscitera en sera affaibli ; Bien que dans nombre de
cas il soit d’une intensité surprenante, puisque comme le constate
Kant, l'art a vocation à imiter les subtilités de la nature et avec
l'art moderne, à les évoquer. (d’où un attrait amoindri)
Il
y a autant de nécessité à être doté de la capacité d'éprouver
du plaisir à la vue de la nature qu'à celui de faire l'amour. Car
le plaisir a dans ces deux cas une fonction motrice s’inscrivant
dans la réalisation de finalités ayant un rapport plus ou moins
étroit avec la vie. L’une comme ravivement de l’existence de
Dieu existence en nous, l’autre comme perpétuation de l’espèce.
Les
tribus d'indiens d'Amérique, qui sacralisaient leur lieu de vie en
le percevant comme "terre mère" assumaient pleinement
cette nécessité de réactualisation de ce lien originel. En vivant
autant que leurs besoins de confort le permettait au plus près de la
nature, ils n'essayaient pas de l'agrémenter de quoi que ce soit, ou
pire de renier les règles qui président à ce lien comme
actuellement. Le terme "communauté de l'être" utilisé
par Francis Cousin est pertinent dans le sens où il renvoie selon
moi à un concept d’unité dont la sacralité imprégnant toute
culture commune est le ciment : Car la culture, qu’elle soit
intellectuelle ou historique, s’inscrit bien dans une réhabilitation
du lien originel en question. Il s'agit en effet d'une volonté
instinctive de remettre de la spiritualité dans le vivre-ensemble et
ce faisant reproduire l’interdépendance macroscopique qui règne
dans l'univers (au sein d’une constellation ethnique) à laquelle
chacun participe. C’est cela qui parachèvera la cohésion d'un
peuple.
La
communauté de l’être subsume en effet un peuple sous une unité
qui fait sens au regard de la structure du monde et de l’univers, a
contrario d’un libéralisme politique qui en empilant des unités
individuelles ou issues d’autres peuples comme des cartes n’a pas
vocation à aboutir à une harmonie cohérente ; L’unité en est
pour ainsi dire tronquée par une absence d’interpénétration des
membres du tout auquel elle renvoie elle-même due à une absence
d’homogénéité.
La
question de l’unité d'un peuple n'est en cela pas réductible à
une question de substance ethnique. En fait, celle-ci n’est à vrai
dire à considérer que comme son point de départ. D’elle émanera
en effet une culture qui, en tendant à réactualiser le lien
originel avec Dieu par la nature refermera la boucle. Particulier
ethnique et universel théiste en seront ainsi réunis.
lundi, octobre 20, 2014
♪ Deer & Fox feat. - Mimu ClarA moto
J’insiste de plus sur la notion de sophistication et de complexité, par opposition à celle d’abstraction. Car l’art abstrait n’est pas à considérer à l’instar de l’art plastique conceptuel comme une sorte de porte fermée dont l’imagination permettant à une œuvre d’entrer en résonance avec la sensibilité n’aurait pas les clefs faute d’une inadéquation cognitive de nature, mais bien au contraire comme une porte grande ouverte vers la résonance en question. Tellement ouverte, même, en terme de limitation des connotations le caractérisant que l’on se noie pour ainsi dire dans l’indicible en plaquant sur l’abstrait de la signification qui nous est propre. L’art abstrait a fait peur en son temps d’un point de vue artistique comme éthique par sa dimension hypnotique assumée. L’art abstrait se présente ouvertement comme une volonté de neutralité cognitive accrue où l’inconscient est renvoyé à lui-même dans un effet miroir. Mais la beauté de cette contemplation de soi, comme tout ce que le talent recèle, s’inscrit par-delà la morale. Pourvu qu’elle soit rendue possible !
Cependant, l’idée de l’œuvre reste inspirée de la résultante d’une association d’idées logiques -bien souvent politiques par ailleurs, puisque le projet d’art conceptuel s’inscrit dans celui plus large de nivellement relativiste de la gauche post-soixanthuitarde consistant à renier la notion de talent pour dire que nous serions tous des artistes en puissance, une énième conséquence de la substitution idéologique de l’inné par l’acquis en définitive- et non soumise à la contingence sensible d’un imaginaire. Voilà d’ailleurs pourquoi l’art plastique « contemporain » requiert une myriade de justifications où puiser sa légitimité : sans contextualisation, il ne peut faire sens, les idées qu’il se propose de véhiculer par trop sophistiquées pour être transmises par le processus d’imprégnation d’évocations qui caractérise la réception d’une œuvre. En effet, des idées trop développées, dont les nervures réflexives sont pour ainsi dire trop fines, ne peuvent être ramassées en une œuvre plastique impliquant une approche directe, conformément au sens qu’elle mobilise, la vue exclusivement. Une rapport en fait d’œil à œuvre qui seule initiera ou non un abandon à celle-ci, au même titre que deux hommes scelleront un relation de confiance par le regard.
lundi, juin 23, 2014
♫ (s)AINT - Marilyn Manson
La morale (éthique) se caractérise par trois traits
fondamentaux : sa dimension absolue et en cela universelle, mystérieuse,
et descendante. La morale est effectivement cette force qui s’impose
irrésistiblement à l’homme par le truchement de sa raison pour impacter sur la
Terre. Une force dont la puissance n’a d’égal que l’ignorance de sa provenance,
et pour cause : Nous sommes dotés du libre-arbitre, l’aléatoire sans quoi
le monde, pour ainsi dire pipé d’avance, serait absurde. L’art (esthétique), à
l’inverse, est inductif. Puisqu’il naît des sens, des rêves et de l’imagination
et d’une part de rationalité venant les « condenser » dans des
œuvres, il a une dimension tout à fait aléatoire et en cela une provenance
connue, ainsi qu’une vocation ascendante. L’art, en définitive, à partir
d’une subjectivité va vouloir embrasser l’objectivité de l’univers par la voie
des sens. Et c’est d’ailleurs bien ce saut dans le vide, ce caractère à la fois
vain et audacieux qui confère à la démarche qu’il représente tant de
beauté ; Quel que soit le degré de réussite de la démarche en question.
La morale, pour s’appliquer au réel, doit faire face à ce
que l’on appelle obstacles, mais qui lui confèrent en fait tout son sens. Il
s’agit des instincts avec lesquels elle se confronte, qui ne tendent qu’à la
facilité, à savoir le plaisir instantané, ainsi que rien de moins que la vie,
qui exige parfois d’elle qu’elle emprunte des voies sales et malodorantes. Ces
dilemmes impliquent que la morale soit en quelque sorte tributaire du réel pour
se réaliser, ce qui est à la fois source de souffrance et d’excitation, à
l’inverse de l’existence des anges, ces âmes pure, qui doit être d’un ennui
mortel, ne faisant l’objet d’aucun doute, d’aucune passion, donc d’aucun
intérêt.
Car la passion est notre raison d’être sur Terre. Produit de notre réflexivité sur la souffrance naissant du doute, elle est la synthèse par excellence entre particulier et universel, car elle est l’incarnation par la subjectivité de l’homme de ses aspirations métaphysiques ; Ces questions cosmogoniques ou cosmologiques venant se heurter à la finitude de l’homme dans un flot de spéculations dont on intuitionne le caractère vain car spéculatif et qui donneront toujours à la pensée la teneur aigre-douce de l’inachevé… Kierkegaard choisi de l’assumer, et c’est pour cela qu’il se refusera par exemple à élaborer de quelconques systèmes philosophiques, par nature voués à se refermer sur eux-mêmes sans avoir pu embrasser toute la complexité de la nature.
Cette synthèse, que l’on peut aussi désigner par
« toujours dans le jamais » se traduit de moult façons. Par ce que
Kierkegaard appelle l’instant, l’éclat de vérité surgissant dans le néant de la
temporalité. Ou encore par l’amour, absolutisme d’un idéal personnel s’incarnant
dans les limites de ce que l’on peut connaître de quelqu’un, d’où le fait que
tout rapport à l’autre soit voué à être en grande partie un malentendu, une
projection de soi ; L’amour d’autrui comme miroir de soi-même, donc miroir
aux alouettes. Cela éclaire peut-être un tant soit peu l’adage qui dit que
l’amour authentique, c’est l’amour des imperfections de l’autre. La notion de
leadership s’apparente elle aussi à la synthèse du particulier et de
l’universel : On attend qu’un être faillible représente et fasse honneur à
des idées empreintes d’immuabilité, du moins au yeux des hommes.
Bref, nous attendons de nous-mêmes et de la vie qu’elle nous apporte la passion nécessaire qui fera le lien entre immanence et transcendance, l’une légitimant l’autre. Et c’est parce que nous avons besoin de reconnaître l’universel dans le particulier pour donner un sens à ce dernier, et d’illustrer l’universel par les particularités du monde pour nous l’approprier que le fait de vivre se suffit lui-même. Vivre pleinement, que ce soit à travers la politique, l’amour que sais-je encore comme vecteurs de passion pour faire cohabiter ces deux fondamentaux. Non comme le font les croyants ou les êtres claquemurés dans leur égoïsme ou leur nihilisme en se vouant davantage à l’un qu’à l’autre, dont l’importance est la même.
mardi, juin 03, 2014
♫ Smocking or not smocking ? - Alain Chamfort
Levi-Strauss constatait avec justesse que l’on ne pouvait hiérarchiser les races dans la mesure où l’on ne pouvait hiérarchiser les cultures qui en émanaient. Une civilisation, une culture ou une société, bref, un système complexe ordonnant la vie d’un groupe d’individus, recèle des éléments dont la fonction n'est pas forcément accessible avec la grille de lecture qui est la nôtre, si tant est qu’ils semblent similaires à ce que l’on peut connaître. En effet, même si en tant que membres d’une même espèce humaine, nous avons tous les mêmes aspirations, les particularités d’un environnement et les races qui en résulteront (fruit d'une adaptation) donneront lieu à des mises en œuvre différentes de ces aspirations innées. (besoins élémentaires pour les instincts, cohésion pour la sensibilité et justice pour la raison, la rationalité n'étant que le moyen d'application de ces trois choses) Si bien que les codes, les arts et les institutions d’un système complexe pourront tout au plus se rendre accessibles de façon rationnelle, dans la mesure où l'on peut évaluer la performance des éléments d'un système complexe en fonction de leur finalité, mais qu'il demeurera un aspect irréductible de l'entreprise anthropologique relevant du fait que ces éléments, bien qu'ils s'apparentent à la mise en oeuvre de mêmes besoins, s'expriment au sein de sensibilités particulières. Ce faisant ils ne revêtiront jamais la puissance symbolique que pourrait se figurer un individu n'ayant pas été élevé ou même immergé longuement au sein du microcosme en question. Cette part d'irrationnel, indispensable à toute cohésion d'un peuple, fait obstacle à une quelconque démarche de jugement de ce dernier car, échappant à la téléologie purement fonctionnaliste, elle ne saurait être objectivée.
Ce relativisme des cultures est non seulement une
réalité de fait, mais aussi de droit puisqu’il prévient tout risque
d’hégémonie. Mais diversité et curiosité du monde tendent à être absorbés par un colonialisme
de la
pensée impulsé par les lumières et appelé « droits de l’homme ».
Cette célébration des libertés individuelles, utilitarisme des rapports
humains
se donnant bonne conscience en se drapant d’humanisme a mis et
continue
de mettre à mal l’expression de la richesse humaine dans sa diversité
sur bien
des plans. Elle irradia d’abord l’Europe sur le plan intellectuel avant
de
connaître un fort retentissement en Angleterre, berceau du capitalisme
et de la
mise en magasin des matières premières, puis en Amérique sur le plan
économique
avec l’avènement des multinationales. Cette idéologie, qui a pour objectif premier le profit, s’attaque maintenant au reste
de monde
avec l’ensemble des armes évoquées précédemment, à la différence du fait
qu’elles aient désormais l’urbanisation comme vecteur de déploiement (Exemple frappant avec l'Ecole de Chicago, qui s'est servi de
l'explosion démographique des Etats-Unis pour faire naître l'idéologie
libéralo-libertaire sous couvert d'investigation journalistique...) et la diplomatie pour légitimer rationnellement ce néocolonialisme en forme d'exportation du consumérisme.
Le
dénominateur commun de ce qui est qualifié communément de progrès, de « progressisme » ou encore d'« avancée technique », est
comme l’a si bien constaté Norbert Elias la notion d’autocontrôle. Ce qui peut
sembler paradoxal s’éclaire lorsqu’on prend le temps d’en dérouler la
logique : Si le concept d’extension infinie des droits servira de moteur à
une aseptisation des mœurs toujours plus grande, c’est parce que comme évoqué
précédemment, il est mis au service d’une vision rationaliste des rapports
interpersonnels et politiques.
Depuis la société de cour, cet utilitarisme qui se drape
dans des discours de liberté a été la condition de possibilité des normes
sociales occidentales et a été ensuite transposé à l’ensemble de
l’environnement, de façon à aboutir aux multiples problèmes écologiques que
l’on connaît actuellement. Cette appropriation du monde par l’utilitarisme que
sous-tend ce que l’on appelle « mondialisation » est en fait son accaparement
par le mondialisme, à savoir sa standardisation par la technique, et plus particulièrement la maritimisation. Norbert Elias
était un paneuropéen, dans la mesure où il attribuait le nom de
« civilisation » à ce façonnement ultrarationnel du monde à marche
forcée, c'est-à-dire imposé par le modèle de libéralisme économique qui n’a cessé
de se développer depuis 1550/1600 à Venise, si l’on en croit Fernand Braudel.
Cette vision évolutionniste –comme toutes les visions évolutionnistes au
demeurant- peut être qualifiée d’ethnocentrée, dans la mesure où elle reproduit
le schéma de pensée indiqué précédemment consistant à plaquer sur le monde un
modèle de fonctionnement idéal ou vécu indépendamment de la finalité qu’un
peuple se proposerait de réaliser ainsi que d’un environnement donné.
Nous nous retrouvons donc face au défi de protéger la
biodiversité, qu’elle se rapporte à l’environnement comme à l’humanité. La
protéger n’est pas encourager sa dissolution dans un gloubiboulga se voulant
homogène appelé « multiculturalisme ». Gloubiboulga qui ne fonctionne
pas pour deux raisons fondamentales ; le fait que l’altérité ne peut être
féconde dans la violence de son imposition ainsi que l’artifice de cette
altérité, puisqu’il y a inadéquation entre la nature d’un peuple importé et un
territoire donné, de la même façon qu’un Baobab ne saurait prendre racines dans
une prairie normande.
Ce concept de biodiversité doit s’appliquer aux cultures comme
aux idéologies. D’aucuns diront que c’est la démocratie qui est sa condition
nécessaire de réalisation ; Le fait de laisser les forces s’exprimer dans
un système complexe en toute indépendance et les laisser se confronter « à
la loyale ». Cette conception est au vivre-ensemble intellectuel ce que le
multiculturalisme est au vivre-ensemble, à savoir un suicide collectif. Non pas
cette fois-ci à cause de ses fondements, mais de ses implications, à savoir un nivellement
des valeurs impliquant leur submersion par la complaisance passive et béate et
la désacralisation de l’espace commun. Les présupposés de justice par lesquels sont régis chaque système complexe doivent donc avoir des modalités d'application à la fois sensibles (culture) et rationnelles (idéologie) résultant de l’environnement particulier
auquel ils s’appliquent, de la même façon que la culture émane de la nature. Il s'agit de prôner une diversité idéologique relative à un environnement donné qui conférerait à des forces qui s'affrontent un même degré de « l'à-propos » et ainsi un même degré de légitimité. L’universel,
qui se traduit comme on l’a vu par un relativisme culturel et idéologique, n’a
donc vocation qu’à subsumer le particulier, et non le remplacer.
L’idéologie des lumières avait pourtant su donner un bel exemple de l’équilibre entre individu et société, entre particulier et universel… Jusqu’à ce qu’elle vire à l’obsession de l’universel en se donnant pour ambition de plaquer sa conception unificatrice de l’Homme aux déclinaisons de son être par définition pourtant particulières, c'est-à-dire propres à un environnement donné et à des contingences historiques.
L’idéologie des lumières avait pourtant su donner un bel exemple de l’équilibre entre individu et société, entre particulier et universel… Jusqu’à ce qu’elle vire à l’obsession de l’universel en se donnant pour ambition de plaquer sa conception unificatrice de l’Homme aux déclinaisons de son être par définition pourtant particulières, c'est-à-dire propres à un environnement donné et à des contingences historiques.
jeudi, mai 01, 2014
mardi, avril 01, 2014
♫ Bocca Di Rosa - Petra Magoni & Ferrucio Spinetti
« L’avènement de la démocratie se produit à mon avis lorsque les pauvres, forts de leur victoire, exterminent les uns, bannissent les autres, et partagent également avec ceux qui restent le pouvoir politique et les responsabilités de gouverner. Le plus souvent même, dans la cité démocratique, ces responsabilités sont tirées au sort. »
Cet extrait de La République de Platon résume à lui
seul toute l’idée que je me fais de la démocratie, mais aussi celle que je me
fais de l’éternel recommencement de l’histoire.
Commençons par la première idée. La démocratie est l’expression institutionnelle du relativisme. En donnant à chacun le potentiel pouvoir de peser sur la vie publique, elle noie les valeurs suprêmes dans le gloubiboulga des lubies, réduisant ainsi d’emblée leur importance et donc leur capacité de l’emporter face à elles. De graves préjudice à la morale ou même à une quelconque doctrine d’inspiration nietzschéenne plaçant un certain état d’esprit au sommum d’une adéquation avec la vie naissent à coup sûr de ce système qui a oublié que précisément tous ne sont pas égaux face à la nature et ce faisant ne peuvent la défendre. Non, contrairement à ce que nous disent les héritiers de la « french théorie », et particulièrement de Sartre, la culture ne prime pas sur la nature, je dirais même que c’est l’inverse. Il n’y a qu’à observer les nombreuses expériences sur le genre qui ont déjà été menées pour s’en convaincre. De plus, comme le constatait Nietzsche, nous sommes conditionnés par la physiologie de notre corps. Sans tomber dans des dérives eugénistes pour le coup contre-nature, il conviendrait donc de prendre en compte ces deux facteurs, de sorte à extraire de la population des personnes en mesure par leur patrimoine génétique intellectuel et physique d’apporter des solutions et des systèmes de régulation morales ou du moins adaptés à des situations pour les empiristes acharnés. Seulement avec la démocratie, ce qui donne son horizon à la façon dont une nature humaine doit s’envisager par rapport à ses semblables ainsi qu’au reste de la nature s’en trouve réduit à une affaire de lobbying.
Commençons par la première idée. La démocratie est l’expression institutionnelle du relativisme. En donnant à chacun le potentiel pouvoir de peser sur la vie publique, elle noie les valeurs suprêmes dans le gloubiboulga des lubies, réduisant ainsi d’emblée leur importance et donc leur capacité de l’emporter face à elles. De graves préjudice à la morale ou même à une quelconque doctrine d’inspiration nietzschéenne plaçant un certain état d’esprit au sommum d’une adéquation avec la vie naissent à coup sûr de ce système qui a oublié que précisément tous ne sont pas égaux face à la nature et ce faisant ne peuvent la défendre. Non, contrairement à ce que nous disent les héritiers de la « french théorie », et particulièrement de Sartre, la culture ne prime pas sur la nature, je dirais même que c’est l’inverse. Il n’y a qu’à observer les nombreuses expériences sur le genre qui ont déjà été menées pour s’en convaincre. De plus, comme le constatait Nietzsche, nous sommes conditionnés par la physiologie de notre corps. Sans tomber dans des dérives eugénistes pour le coup contre-nature, il conviendrait donc de prendre en compte ces deux facteurs, de sorte à extraire de la population des personnes en mesure par leur patrimoine génétique intellectuel et physique d’apporter des solutions et des systèmes de régulation morales ou du moins adaptés à des situations pour les empiristes acharnés. Seulement avec la démocratie, ce qui donne son horizon à la façon dont une nature humaine doit s’envisager par rapport à ses semblables ainsi qu’au reste de la nature s’en trouve réduit à une affaire de lobbying.
Ce nivellement intellectuel par le bas, donc, entraîne pour
sûr le reste dans sa chute. D’où le fait que Weber parle d’un désenchantement
du monde propre aux sociétés modernes. (Comprenez « sociétés occidentales
et démocratiques »…) En effet, la démocratie implique le libéralisme,
c'est-à-dire une extension infinie des droits incompatible avec la sensibilité
exacerbée que requiert la notion de contrastes émotionnels. Je m’explique :
Compte tenu de l’inclination naturelle de la nature humaine à l’égoïsme,
c'est-à-dire tout simplement à l’expression débridée des instincts, lui laisser
le champ libre par la démocratie impliquera que ces instincts gagneront
continuellement du terrain, de sorte à instrumentaliser l’environnement. (Que
cela se traduise par un océan de plastique dans le pacifique nord ou par une
« gadgetisation » de l’enfant)
Il est en fait question d’une ultrarationalisation de l’environnement qui en aseptisant des pratiques culturelles par l’autocontrôle (Norbert Hélias en parle très bien) qu’elle induit leur fera perdre leur sens de sorte à les éliminer à long terme. La laïcité exemplifie cette tendance.
Mais la démocratie dans son essence nivelante même annihile le simple processus de contrastes émotionnels à l’origine de toute sensibilité. D’où l’addiction aux jeux vidéo et autres écrans tactiles ainsi que le succès des manèges à sensation, autant de phénomènes qui traduisent un besoin de stimuli comme compensation d’un manque d’exercice de la sensibilité.
Nous en revenons donc à ce qui a été dit dans l’article précédent : Contrairement aux autres espèces, c’est à l’homme de s’autoréguler. S’autoréguler pour que cette instrumentalisation de l’environnement, c'est-à-dire la rationalité mise au service des instincts ne détruise pas notre système de valeurs et la sensibilité qui en découle.
Il est en fait question d’une ultrarationalisation de l’environnement qui en aseptisant des pratiques culturelles par l’autocontrôle (Norbert Hélias en parle très bien) qu’elle induit leur fera perdre leur sens de sorte à les éliminer à long terme. La laïcité exemplifie cette tendance.
Mais la démocratie dans son essence nivelante même annihile le simple processus de contrastes émotionnels à l’origine de toute sensibilité. D’où l’addiction aux jeux vidéo et autres écrans tactiles ainsi que le succès des manèges à sensation, autant de phénomènes qui traduisent un besoin de stimuli comme compensation d’un manque d’exercice de la sensibilité.
Nous en revenons donc à ce qui a été dit dans l’article précédent : Contrairement aux autres espèces, c’est à l’homme de s’autoréguler. S’autoréguler pour que cette instrumentalisation de l’environnement, c'est-à-dire la rationalité mise au service des instincts ne détruise pas notre système de valeurs et la sensibilité qui en découle.
La deuxième idée s’apparente au phénomène de basculement d’une force à l’autre qui rythme la politique donc a fortiori l’histoire depuis toujours. Dans l’extrait, cela s’illustre par le fait que les pauvres prennent l’ascendant sur les oligarques et dans cet élan les tuent. Si le bipartisme à l’américaine est actuellement dénoncé dans les sphères dissidentes, qu’elles se réclament de l’extrême droite ou de l’extrême gauche, ça n’est pas en vertu de sa nature, mais de la façon dont il s’exerce. Le bipartisme UMP-PS pour prendre l’exemple de la France devient impopulaire parce qu’il ne représente plus l’affrontement de deux forces, s’apparentant comme on le sait à une seule et même doctrine libérale, et donc libéralo-libertaire puisque l’un ouvrant la voie à l’autre comme l’analyse très justement Michéa. Dans ce cadre, la montée du FN apparaît comme légitime dans le sens où elle est sur l’échiquier politique l’expression la plus radicale possible d’un contre-pouvoir en mesure de faire bloc. Mais, j’aurais très bien pu prendre l’exemple d’une hégémonie américaine en place depuis 60 ans donnant actuellement lieu à un sévère retour de manivelle russe sur la scène géostratégique internationale, et d’autant plus idéologiquement, puisque outre les enjeux monopolistiques, on a affaire à ce qu’Aymeric Chauprade qualifie très justement de lutte entre matérialisme et traditionalisme. On a affaire à l’éternelle lutte politique de ceux qui érigent l’individu en valeur suprême et ceux qui lui préfère la transcendance morale ou communautaire.
Kant a essayé de réconcilier individu et bien commun sans grand succès. S’il a très bien identifié et décrit la rectitude avec laquelle la morale s’impose à l’esprit, son erreur a été de ne pas prendre en compte la réalité dans laquelle cette morale s’inscrit nécessairement. De sorte qu’elle ait vocation à se plaquer à cette réalité sans en épouser les subtilités, ce qui crée une dissonance entre ces deux éléments. Voilà pourquoi il est toujours plus approprié de parler de bon sens plutôt que de morale qui implique la notion de pureté, d’absence de mélange. Notons également que cette absence de nuance dans la pratique de la morale a légitimé les philosophies dégénérées de Rawls ou d’Habermas ayant fait d’elle un hideux outil « progressiste » visant à la conquête de l’individu du plus de droits possible au prétexte que c’est ce que tous voudrait vouloir. Certainement pas Kant, en tout cas…Et c’est la raison pour laquelle il n’est pas allé jusqu’au bout de sa logique concernant son projet de paix perpétuelle assurée par un gouvernement mondial.
Si le jeu politique est voué à être binaire, toute action
dissidente a vocation à en contrebalancer une autre de sorte à l’annuler. Mais cette raison de compensation d’une force par une autre au sein d’un processus naturel
de régulation n'est pas sa seule explication. C’est aussi parce que l’homme, tiraillé qu’il est entre raison,
sensibilité et instincts est incapable de s’objectiver assez pour tenir une
ligne de crête entre deux blocs de pouvoir qui s’affrontent, quand il n’adopte
pas délibérément des positions dénuées de nuances (ou extrémistes). Il s’en
trouvera donc comme magnétisé par l’un ou l’autre bloc de pouvoir selon sa
sensibilité politique, sa culture, ect. Magnétisme dont les effets auront
évidemment tendance à s’intensifier lorsque l’individu n’est pas confronté à
l’altérité, et c’est pour cela que la plupart des groupuscules politiques ne véhiculent
pas des idées équilibrées, produits pour ainsi dire d’une macération extrémiste
savamment entretenue par leur affranchissement de la société et des critères de
sélection subjectifs et en grand nombre. Ici est donc à distinguer
« radicalité » et « extrémisme ». La première démarche
relevant du simple équilibrage des forces contraires quand l’autre consiste à
exclure tout ce qui ne proviendrait pas de son logiciel de pensée.
En effet, opposer une force à une autre n’implique pas systématiquement de rejeter cette dernière, puisqu’affirmer sa propre force implique de lui donner les moyens d’exister et de se déployer en la nourrissant de diversité, donc de forces adverses. Chaque force recèle sa part de lumière à partir de laquelle naîtra une part d’ombre, délicieux caprice de toute subjectivité qui est loin de tendre à la vérité.
Il s’agit donc pour des élites dignes de ce nom de compenser la force d’une hégémonie par une autre tout en le faisant de façon assez dépassionnée pour anticiper les dommages collatéraux inverses qu’impliquerait l’émergence de cette deuxième force. Pour cela, il s’agit d’entretenir une certaine multipolarité, biodiversité au sein de l’opposition. Une démocratie dont le danger de nuisance serait cadenassé par la capacité des élites en question à s’objectiver ainsi que par un microclimat au cap idéologique clairement défini. « Suivre sa pente tout en la remontant », comme le disait Marguerite Duras.
En effet, opposer une force à une autre n’implique pas systématiquement de rejeter cette dernière, puisqu’affirmer sa propre force implique de lui donner les moyens d’exister et de se déployer en la nourrissant de diversité, donc de forces adverses. Chaque force recèle sa part de lumière à partir de laquelle naîtra une part d’ombre, délicieux caprice de toute subjectivité qui est loin de tendre à la vérité.
Il s’agit donc pour des élites dignes de ce nom de compenser la force d’une hégémonie par une autre tout en le faisant de façon assez dépassionnée pour anticiper les dommages collatéraux inverses qu’impliquerait l’émergence de cette deuxième force. Pour cela, il s’agit d’entretenir une certaine multipolarité, biodiversité au sein de l’opposition. Une démocratie dont le danger de nuisance serait cadenassé par la capacité des élites en question à s’objectiver ainsi que par un microclimat au cap idéologique clairement défini. « Suivre sa pente tout en la remontant », comme le disait Marguerite Duras.
lundi, mars 10, 2014
♪ DowN to tHe Park - Gary Numan & Tubeway ARmy
Si le particulier est une façon détournée d’accéder à l’universel, ou du moins à l’intersubjectivité humaine qui est la nôtre (induction), cette dernière se plaque à l’inverse sur le réel par le biais de la morale en grande partie, comme par nécessité de garantir la survie de l’espèce en empêchant les hommes de trop s’entretuer, même si des éclats de vérités peuvent surgir d’événements intenses émotionnellement ou rationnellement, semblables à des comètes traversant le ciel devant nos yeux. Une forme de révélation.
L’universel s’apparente à quelque chose de lointain, de froid et d’étincelant quand le particulier ressemble à ces sentiers de terre bordés de marronniers à travers lesquels transparaît par intermittence la lumière pâle et délicieusement surannée d’un début d’automne. Ces sentiers sont autant de voies remontant vers l’horizon aveuglant et attirant à la fois de l’universel. Autant de disciplines, autant d’arts permettant de s’essayer à ériger des perceptions et des sensations en vérités immuables grâce à un outil intuitif inné. Tous les entrevoient, certains mieux que d’autres, mais avons-nous les moyens d’accéder au grand ordonnancement ?
A cet égard, une chose est claire. La quête effrénée de l’homme vers la vérité, qu’elle soit pluridisciplinaire comme jadis ou dans le cadre de la division du travail et d’une société cybernétique mondialisée comme aujourd’hui démontre qu’il est fondamentalement relié à cette vérité en tant que fragment de ce qu’elle englobe, c'est-à-dire l’univers. Le fait de se sentir connecté de la sorte et de le constater avec une morale s’imposant à nous et les fulgurances évoquées précédemment est pour le moins désarçonnant. Bien sûr, ces connections pour ainsi dire "interfragmentaires" ne sont ni linéaires, ni identiques. Reste que tout est affaire d’équilibre, et pas qu’entre particulier et universel, car la vie est un processus de régulation, même s’il est sans cesse mis à l’épreuve par les lubies de l’homme qui essaye de s’arracher à ces déterminismes par la rationalité. On pourrait considérer, à l’instar des écologistes en vogue, que cette rationalité émanant de l’homme, qui est nature, ce qu’elle mettrait en œuvre aurait forcément une légitimité naturelle. Sauf que la rationalité étant précisément ce qui différencie l’homme des autres animaux donc de la nature, (du moins ce que nous en connaissons à l’échelle de la planète) elle est à fortiori culture, réflexivité de la nature sur elle-même. Si c’est l’homme qui détient cette réflexivité sur la nature, alors il lui appartient également d’en user sur la sienne en trouvant l’équilibre entre sensibilité, raison et instincts.
lundi, décembre 02, 2013
vendredi, novembre 29, 2013
♭ FiNishing Jubilee Street - Nick Cave & THe Bad Seeds
Le bon goût est par essence discriminant car son rôle est de nous
doter aux yeux des autres d’une certaine prestance. Le bon goût
est la mise en musique d’un feeling esthétique qui donnera en
quelque sorte de l‘épaisseur à l‘image de nous que nous voulons
renvoyer à la société. Il a donc vocation à montrer la direction
du beau afin de se démarquer de la masse par des procédés
distinctifs savamment entretenus. C’est flagrant dans le milieux de
la mode, de la haute-couture et dans les milieux aisés qui en
insistant sur la promotion de codes esthétiques qu’il est de mise
ou chaudement conseillé de suivre, vont s’ériger en modèle, en
maître à penser en matière de respectabilité de l‘image. Deux
enjeux du bon goût apparaissent donc : L’évidence d’être
connecté au monde par le biais de la mode et de vibrer ainsi avec
lui au son du progrès et l’évidence d’un élitisme à l’inverse
conservateur qui est celui de l’entre-soi social.
On va
ainsi miser sur des codes de langage, une manière de se tenir, des
accessoires, des associations de couleurs, de textures particulières
ou des mouvances artistiques pour dresser le paravent de l‘exception
esthétique entre une communauté et le reste du monde ou de la
société. La notion de beauté est donc très relative aux tendances de la mode qui sont influencées par des normes sociales qui évoluent. Dans les milieux aisés, c’est le même processus
en moins rapide. Il faut ajouter à cela des signes de distinction
supplémentaires, notamment chez la grande bourgeoisie, qui se
renouvelleront exclusivement par rapport aux classes sociales les
moins élevées : On remarque par exemple que la marque Gucci, après
avoir été pendant des années sujette à la contrefaçon, n’est
plus du tout en vogue.
Si le
bon goût tire sa relativité du besoin d’être marqué du sceau
des milieux autorisés pour être reconnu
comme tel, quelques invariants se détachent. Non pas en terme de
fonctionnement, qui est depuis toujours le même en raison de sa
finalité, la distinction mais en substance. C’est ce qui donne à penser que la
beauté a tout de même une grande part d’universel, et pour cause, la
sensibilité est la même pour tous les êtres humains.
La communauté du bon goût reconnaîtra donc les siens parmi ceux qui seraient les plus à-mêmes de se servir de leur sensibilité, et plus exactement de leur « feeling ». Mais si les critères du bon goût varient avec la société, ce n’est pas que parce qu’ils en émanent, mais aussi parce qu’ils constituent une appropriation par la sensibilité de cette société. Une adaptation à elle. Le processus est également inverse, et c’est pour cela qu’en tout temps, on peut globalement remarquer que des caractéristiques propres au bon goût apparaissent face à l’obscurantisme du peuple. Peuple dont la sensibilité n’aurait pas été éduquée par la beauté, qui, au même titre que la morale universelle, lui aurait montré le chemin de la vérité éternelle. Une sorte de réminiscence.
La communauté du bon goût reconnaîtra donc les siens parmi ceux qui seraient les plus à-mêmes de se servir de leur sensibilité, et plus exactement de leur « feeling ». Mais si les critères du bon goût varient avec la société, ce n’est pas que parce qu’ils en émanent, mais aussi parce qu’ils constituent une appropriation par la sensibilité de cette société. Une adaptation à elle. Le processus est également inverse, et c’est pour cela qu’en tout temps, on peut globalement remarquer que des caractéristiques propres au bon goût apparaissent face à l’obscurantisme du peuple. Peuple dont la sensibilité n’aurait pas été éduquée par la beauté, qui, au même titre que la morale universelle, lui aurait montré le chemin de la vérité éternelle. Une sorte de réminiscence.
Ces
caractéristiques du bon goût relèvent d’une attitude globale
d’une personne que l’on peut nommer « élégance ».
Il s’agit d’une aisance dans le rapport à soi, au corps et à
l’environnement qui consiste à incarner avec intelligence sa
propre personnalité tout en étant en adéquation avec ces trois éléments.
L’élégance, c’est donc connaître sa nature profonde pour la
faire raisonner en harmonie avec les particularités du monde, y
compris et d’abord les siennes. Cela s’illustre parfaitement avec
la notion de tact, qui est une forme de bon goût : En avoir
nécessite une connaissance assez bonne de ce que l'on veut exprimer et de son
environnement immédiat pour le faire avec subtilité et au moment opportun.
En définitive, on peut dire que le bon goût va à contre-courant de cette époque. On peut le considérer comme étant viscéralement une valeur de droite dans le sens où il se tient raide comme un cap au milieu du brouillard relativiste de la facilité. Non la droite décadente, imbibée de son époque, dont le maître-mot est l’hédonisme, traduisez gloire et débauche. La vraie droite, chevillée à des valeurs faisant d’une société quelque chose de grand, sur le plan moral comme ici, esthétique. Au milieu du saccage des valeurs au nom du seul utilitarisme du plaisir, le bon goût est devenu l’une des seules boussoles que nous ayons à notre disposition. Dans cette époque d'apparat, il est devenu la seule façon reconnue de tous pour réaliser sa nature profonde en symbiose avec le monde. N'oublions pas que ce monde, c'est avant tout la nature brute. Wilderness.
En définitive, on peut dire que le bon goût va à contre-courant de cette époque. On peut le considérer comme étant viscéralement une valeur de droite dans le sens où il se tient raide comme un cap au milieu du brouillard relativiste de la facilité. Non la droite décadente, imbibée de son époque, dont le maître-mot est l’hédonisme, traduisez gloire et débauche. La vraie droite, chevillée à des valeurs faisant d’une société quelque chose de grand, sur le plan moral comme ici, esthétique. Au milieu du saccage des valeurs au nom du seul utilitarisme du plaisir, le bon goût est devenu l’une des seules boussoles que nous ayons à notre disposition. Dans cette époque d'apparat, il est devenu la seule façon reconnue de tous pour réaliser sa nature profonde en symbiose avec le monde. N'oublions pas que ce monde, c'est avant tout la nature brute. Wilderness.
mardi, octobre 08, 2013
♪ Vanessa Paradis - SundAys Mondays
Le rire nous paraît
futile, vulgaire ou même immoral. Il est le résultat d’une crue
réflexivité qui consiste en une vision englobante d’une existence
humaine. Et lorsqu’on la considère avec froideur, sans les
froufrous des mondanités et autres finalités suprêmes qui en
perdent leur sens à mesure que nous remontons la chaîne infinie des
causalités, que reste-il ? Le non-sens. Cette absurdité
s’impose à nous dans des situations précises qui ont toutes en
commun d’être particulièrement humiliantes, parce qu’elles sont
nées d’une dissonance entre le sérieux avec lequel nous
hiérarchisons les choses et une réalité dont la différence de
plan sur laquelle elle se situe nous rappelle à quel point ces
choses en question sont futiles et a fortiori nous, au regard ne
serait-ce que du monde. C’est alors que, légèrement plus désabusé
que la fois précédente, nous nous réengouffrons dans la brèche de
l’instant présent pour nous enivrer de mondanités et pourquoi
pas, au passage, enfanter des étoiles. Pourvu qu’elles soient
assez universelles pour réduire en éclats le plafond de verre du
ridicule de notre finitude. Avoir la volonté de donner un sens à sa
vie, c’est donc cela : s’efforcer comme on le peut de semer
de l’harmonie dans la laideur absurde d’une noblesse entrant en
confrontation avec les choses les plus vaines.
Le rire vise à se
réconcilier avec la laideur sans la réformer. Il n’en demeure pas
moins décisif, car il témoigne d’une grande prise de conscience
de notre condition et de la dichotomie qui existe entre ce qui est
fondamentalement important et ce qui ne l’est pas. De plus, il
n’est pas immoral, car il est en fait amoral : Il dépasse ce
triste constat pour le replacer dans le cadre du monde sensible et
ainsi jouir de lui de la façon la plus minimaliste, la plus
prosaïque qui soit. Le rire est donc délicieusement cynique : Il se
moque d’une condition humaine tout en s’y complaisant
ouvertement.



























